Cet article fait partie de notre série #TalentsAlgériens, consacrée aux 25 jeunes joueurs à suivre cette saison en Ligue 1 algérienne. Un classement forcément subjectif, qui ne repose pas uniquement sur le talent intrinsèque, mais aussi sur le potentiel, la place attendue en club et ce que la saison 2026/27 peut représenter dans leur progression. Pour ce nouvel épisode, place à Abderrahmane Achouri, jeune attaquant de l’USM Alger.
Chez Abderrahmane Achouri, le problème n’est pas la peur. Aziz Lahoussine, qui l’a dirigé pendant une saison chez les jeunes de l’USM Alger et auparavant avec la sélection U17, va même beaucoup plus loin en affirmant lors d’une interview exclusive accordée à Africafoot :
Il ne connaît pas le mot pression.
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Qu’il affronte le Maroc, l’Égypte ou une équipe de championnat, le jeune attaquant né le 12 février 2008 à Chlef conserverait la même attitude :
Il est toujours le même, quel que soit le match et l’adversaire. Il est dans sa bulle, dans sa routine, il discute et il rigole.
Cette insouciance lui a permis de toujours jouer avec des garçons plus âgés sans sembler intimidé. Elle peut aussi, parfois, se retourner contre lui. Car si la pression glisse sur lui, les provocations, elles, ne le laissent pas toujours indifférent.
Toujours surclassé, jamais vraiment dans sa catégorie
Achouri a été formé au Paradou AC avant de rejoindre l’USM Alger à l’été 2024. Très vite, son âge réel a cessé de définir la catégorie dans laquelle il évoluait. Sofiane Benkhelifa, éducateur et formateur passé notamment par l’USMA, l’Olympique Akbou et l’ES Sétif, avait participé à son arrivée chez les Rouge et Noir :
Il a fait un passage d’une année à Paradou, et je l’ai ramené à l’USMA, où il n’a jamais joué avec sa catégorie. Toujours surclassé.
À ses yeux, Achouri possède même un statut à part :
Pour moi, c’est la perle du football algérien. C’est un 2008, 18 ans à peine. C’est le numéro 1 en Algérie à mes yeux. Il est imprévisible dans ses dribbles. C’est un ailier, et il peut aussi jouer derrière le 9 dans l’axe. Très fort techniquement, très intelligent, puissant aussi, il marque des buts.
Nacer Zekri, qui l’a dirigé avec les U20 de l’USMA la saison dernière, livre un portrait similaire :
C’est un joueur pétri de qualités, un attaquant percutant, un dribbleur. Il est aussi très intelligent dans le jeu.
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Achouri a depuis commencé à fréquenter l’équipe première, et l’USMA vient de sécuriser son avenir en prolongeant son contrat jusqu’en 2029. À 18 ans et sous contrat jusqu’en 2029, il ne lui reste plus qu’un vrai chantier : trouver le bon rythme d’intégration chez les professionnels.
Lancé dans l’espace, il devient presque impossible à arrêter
Lahoussine connaît parfaitement son registre. Chez les jeunes, il l’utilisait essentiellement sur le côté gauche, en faux pied, afin que son pied droit puisse s’exprimer vers l’intérieur. Et surtout, il lui accordait beaucoup de liberté :
Il fallait lui donner plus de liberté sur le plan offensif, ne pas trop le charger de responsabilités défensives. Le laisser frais, avec tous ses moyens physiques.
Cette liberté prend tout son sens lorsqu’Achouri peut prendre de la vitesse. Le danger devient alors immédiat :
Quand on le sert en profondeur, il est très fort. Il peut éliminer plusieurs joueurs en pleine course, et il est très habile face au but. C’est une arme quand il part en contre-attaque ou en attaque rapide. Une fois qu’il est lancé, il est inarrêtable.
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Ce choix tactique explique aussi en partie une faiblesse relevée par Zekri :
Ce qui lui manque, c’est d’être bon dans le replacement défensif. Il doit travailler dans ce domaine-là.
Chez les jeunes, Lahoussine avait volontairement sacrifié une partie de ce travail pour conserver toute la fraîcheur offensive de son joueur.
Chez les seniors, l’exigence sera différente. Achouri devra conserver ce qui fait sa force sans ballon : vitesse, percussion et capacité à attaquer l’espace, tout en apprenant progressivement à participer davantage aux équilibres collectifs.
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La provocation, son vrai piège
Son principal chantier ne se situe toutefois peut-être pas dans le placement. Il est dans la maîtrise émotionnelle. Lahoussine raconte que les adversaires avaient rapidement identifié le danger :
Les autres clubs algérois connaissaient ses belles prestations. Du coup, ils lui imposaient un traitement spécial, rugueux, avec des coups et des tacles assez forts.
Achouri n’avait pas toujours la bonne réponse :
Ça lui arrivait de dégoupiller un peu et de répondre aux provocations. Il sortait avec des cartons rouges.
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Lors d’une phase aller de 13 rencontres avec l’USMA, Lahoussine se souvient ainsi de deux expulsions :
En dix matchs, il a « pété les plombs » deux fois. Il doit se calmer et ne pas répondre aux provocations.
Ces deux expulsions révèlent deux faces d’une même personnalité. Le caractère qui permet à Achouri de ne jamais craindre un adversaire peut aussi lui donner envie de lui répondre lorsqu’il se sent agressé. Il ne s’agit pas d’atténuer sa personnalité, mais de lui apprendre à mieux l’utiliser.
Benkhelifa évoque lui aussi ce caractère particulier :
Sérieux, discipliné, mais avec un caractère à part quand même. Il y en a comme ça, il faut savoir les gérer, leur parler, bien les préparer et les motiver quand ils ne sont pas au mieux.
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À l’USMA, le plus difficile sera peut-être simplement de jouer
L’autre trait relevé par Lahoussine est l’impatience :
Quand je le laissais sur le banc, on sentait dans son attitude que ça ne lui convenait pas.
Une réaction assez logique pour un joueur qui a presque toujours été surclassé et placé au-dessus de sa génération. Mais chez les professionnels, Achouri va devoir accepter une autre temporalité.
Pour Lahoussine, le vrai problème dépasse même le joueur. Il considère que l’intégration des jeunes reste compliquée dans les grands clubs algériens, où l’obligation de résultat, la pression des supporters et les investissements consentis sur des recrues expérimentées laissent peu de marge aux entraîneurs :
La réussite en Algérie d’un jeune est très difficile, car elle dépend de beaucoup de paramètres.
L’ancien sélectionneur U17 estime que les jeunes finissent souvent par jouer lorsque des circonstances particulières, blessures, difficultés financières ou effectif réduit, obligent les clubs à leur ouvrir la porte.
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Dans le cas d’Achouri, il préconise donc une intégration progressive :
Il faut lui donner sa chance lors des matchs à moindre enjeu, ne serait-ce que quelques minutes. Quand les conditions sont réunies, il faut accélérer et faciliter son intégration.
Benkhelifa voit d’ailleurs un avantage important par rapport à certains jeunes plus âgés : lorsqu’Achouri ne joue pas avec les professionnels, il peut encore continuer à accumuler du temps de jeu en U20.
Cette saison doit donc servir de passerelle. Achouri n’a pas besoin d’être installé artificiellement comme titulaire. Il a besoin d’occasions suffisamment régulières pour comprendre les exigences du football senior sans perdre ce qui constitue sa grande singularité.
L’USMA a réglé la question contractuelle jusqu’en 2029. Reste la plus difficile : lui trouver le bon rythme d’intégration. Abderrahmane Achouri possède déjà une qualité rare chez un joueur de 18 ans : il n’a pas besoin qu’on lui apprenne à oser. Son prochain cap sera presque inverse. Apprendre quand accélérer, quand patienter, et surtout quand ne pas répondre. S’il parvient à canaliser ce feu sans l’éteindre, son absence de peur pourrait devenir l’une de ses plus grandes armes.
Vous pouvez aussi lire le focus sur Yakoub Gassi, paru dans le cadre de notre série #TalentsAlgériens.




