Cet article fait partie de notre série #TalentsAlgériens, consacrée aux 25 jeunes joueurs à suivre cette saison en Ligue 1 algérienne. Un classement forcément subjectif, qui ne repose pas uniquement sur le talent intrinsèque, mais aussi sur le potentiel, la place attendue en club et ce que la saison 2026/27 peut représenter dans leur progression. Pour ce nouvel épisode, et à la 8e place, place à Lahlou Akhrib, ailier de la JS Kabylie.
Lahlou Akhrib a déjà connu un paradoxe étrange pour un joueur de 21 ans : être considéré depuis l’adolescence comme l’un des talents les plus prometteurs de sa génération et finir par entrer sur la pelouse de son propre club sous les sifflets. Abdelkader Bouchaala, l’un des éducateurs qui le suit depuis ses jeunes années, avait confié :
J’entre au stade et dès l’échauffement on me siffle, et je quitte le stade sous les sifflets aussi.
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Quelques mois plus tard, le décor a changé. Avec l’Algérie U21, Akhrib vient de remporter les Jeux méditerranéens de Tarente et d’y jouer un rôle important, notamment avec des buts contre l’Italie et l’Albanie. Une réussite qui arrive peut-être au meilleur moment pour un joueur dont le principal chantier n’est plus vraiment de prouver qu’il possède du talent, mais de retrouver durablement la confiance qui lui permet de l’exprimer.
Toujours surclassé, puis soudain jugé comme un grand
Akhrib n’a presque jamais évolué longtemps avec des joueurs de son âge.
Rabah Bensafi, qui avait dirigé la JS Kabylie en fin de saison dernière, se souvient d’un joueur régulièrement poussé vers les catégories supérieures :
Il n’a jamais fini une saison avec sa catégorie depuis qu’il est à la JSK. Toujours surclassé, parce qu’il avait un potentiel énorme et était toujours supérieur aux coéquipiers de sa génération.
Arezki Remmane, ancien sélectionneur des U17 algériens et formateur aujourd’hui DTS de l’USMA, confirme cette avance :
C’est une jeune pépite que je connais depuis bien longtemps. Je l’ai connu dans différentes sélections de jeunes depuis l’âge de 16 ans. Il a toujours été surclassé par rapport à ses qualités. Né en 2005, il a joué avec les 2004 et les 2003.
Cette précocité lui permet de toucher très tôt l’équipe première de la JSK. Akhrib dispute son premier match officiel en Ligue 1 en janvier 2024, alors qu’il n’a encore que 18 ans.
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Bouchaala, entraîneur de jeunes passé notamment par le CRB et l’USMA avant de rejoindre le MCA, l’avait déjà remarqué lorsqu’Akhrib n’avait que 15 ans :
Je ne suis pas surpris de ce qu’il a fait. On avait essayé de l’attirer au CRB à ce moment-là. J’étais sûr qu’il allait réussir, alors que personne ne le connaissait encore.
Mais pour lui, la suite a peut-être été trop rapide :
À la JSK, on a été un peu trop pressés avec lui. Et les supporters ont été très sévères.
Quand la pression commence à peser
Sofiane Benkhelifa, éducateur et formateur passé notamment par l’USMA, l’Olympique Akbou et l’ES Sétif, utilise un mot qui résume assez bien la dernière étape du parcours d’Akhrib : stagnation. Il déclare :
Il a atteint un stade où il stagne un peu. Il était parmi les meilleurs de sa génération. Il s’est imposé en sélection de jeunes, puis avec la JSK, mais la saison dernière, celle de la confirmation, il n’a pas su franchir le cap.
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Quelques matchs moins réussis suffisent à modifier son statut :
Il a raté quelques matchs et s’est retrouvé remplaçant. C’est la pression des grands clubs et des supporters. Mentalement, ça l’a un peu limité. C’est un bon joueur qui peut faire mieux.
Bensafi porte un diagnostic très proche :
Son problème, c’est la gestion de la pression. Ça l’a un peu gêné. À son âge, il n’a pas su la dompter à la JSK. Là où il devait bénéficier d’un soutien pour s’améliorer, on a été un peu sévères et trop exigeants avec lui par rapport à son âge.
Quand il est bien soutenu, il s’exprime parfaitement. Sinon, il stagne.
Pour Bouchaala, la réponse ne doit donc pas être davantage de pression :
Il faut le choyer, surtout qu’il a un talent à part. Les coaches l’ont exposé lors des grands matchs, alors qu’il fallait le lancer progressivement.
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Plus qu’un dribbleur, un ailier de puissance et de profondeur
La question mentale ne doit pourtant pas masquer la nature de son football.
Akhrib n’est pas forcément l’ailier de petit gabarit qui cherche constamment le duel technique. Bensafi décrit un profil davantage fondé sur l’explosivité, la puissance et la profondeur :
Il est explosif. Il n’est pas totalement dans la technique ou dans le dribble, mais il est puissant et il a de la vitesse. C’est un joueur de profondeur.
Il est plus mûr maintenant, car on le retrouve souvent dans la surface. Même défensivement, il aide beaucoup l’équipe grâce à sa qualité physique et son endurance. Quand il joue, on le fait rarement sortir, car il est utile et tient les 90 minutes.
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Dragan Paljic, adjoint de Josef Zinnbauer à la JSK la saison dernière, souligne lui aussi son investissement. Il décrit Akhrib comme un joueur techniquement bien formé, doté d’un bon pied gauche et surtout très engagé dans son travail quotidien. Pour le technicien, les minutes accumulées avec les seniors lui ont permis de progresser tactiquement, même si l’utilisation du pied droit reste encore un axe de développement.
Bensafi identifie d’autres domaines où Akhrib doit franchir un cap :
Il faut qu’il ait de la continuité et qu’il s’améliore dans les un-contre-un, car un ailier doit savoir le faire.
Il tire bien, mais il ne se retrouve pas souvent en situation de le faire. C’est là encore qu’il doit progresser, car il a une belle frappe, précise.
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Conserver ses qualités de profondeur et d’effort, tout en devenant plus dangereux lorsqu’il doit provoquer face à un défenseur installé : c’est là, selon Bensafi, que se joue la marge de progression la plus concrète.
Tarente pour retrouver ce qui s’était perdu
C’est dans ce contexte que son été avec les U21 algériens prend une importance particulière. À Tarente, Akhrib a retrouvé un environnement différent et surtout des sensations positives. Il a marqué contre l’Italie, puis face à l’Albanie dans un match important pour la qualification, avant de participer au sacre final.
Ce tournoi ne règle évidemment pas toutes les difficultés rencontrées à la JSK. Mais il lui apporte une preuve récente : il peut encore être décisif dans des rencontres à enjeu.
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De retour en club, Akhrib a débuté la première journée sur le banc contre Rouissat avant d’entrer en jeu. La concurrence offensive reste forte et Karim Belhocine ne lui offrira probablement aucun statut automatique.
La saison dernière, le problème n’était pas que Lahlou Akhrib avait soudainement perdu ses qualités. Tous les techniciens qui parlent de lui continuent de citer sa vitesse, sa puissance, son volume et son potentiel. Ce qui s’était érodé, c’était surtout sa capacité à les exprimer avec liberté.
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Le titre méditerranéen ne fera pas taire les sifflets ni la concurrence à la JSK. Il peut en revanche rappeler à Akhrib une chose qu’il semblait avoir oubliée : jouer sans avoir peur de l’erreur.
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