Cet article fait partie de notre série #TalentsAlgériens, consacrée aux 25 jeunes joueurs à suivre cette saison en Ligue 1 algérienne. Un classement forcément subjectif, qui ne repose pas uniquement sur le talent intrinsèque, mais aussi sur le potentiel, la place attendue en club et ce que la saison 2026/27 peut représenter dans leur progression. Pour ce nouvel épisode, place à Youcef Izem, milieu de terrain de la JS Kabylie. 18e de notre compte à rebours.
En 2023, Youcef Izem n’est encore qu’un jeune joueur de la JS Kabylie parmi beaucoup d’autres. Né le 19 février 2007 à Azazga, il évolue chez les cadets et ne possède encore aucun statut particulier. Aziz Lahoussine, alors sélectionneur de l’Algérie U17, vient assister à un match de championnat entre les jeunes Canaris et Khemis El Khechna. Izem débute sur le banc. Puis il entre. Quelques minutes suffisent.
« Mais qu’est-ce qu’il fait comme remplaçant celui-là ? »
Dans son témoignage accordé à Africafoot, Aziz Lahoussine se souvient parfaitement de sa réaction :
Izem, personne ne le connaissait. Il était remplaçant à la JSK en 2023 lors de ses premières années en cadets. Quand il est entré en jeu, je me suis dit : Mais qu’est-ce qu’il fait comme remplaçant celui-là ?
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Ce qui frappe immédiatement le sélectionneur, ce sont notamment ses longues passes :
Il a changé le match grâce notamment à ses longues passes. Je l’ai convoqué alors en équipe nationale. Il a fait deux stages avec moi, et il est devenu comme une star.
Quelques semaines auparavant, Izem devait encore attendre son tour sur le banc de son club. Le voilà désormais installé dans les rassemblements nationaux de sa génération.
Lahoussine découvre alors un milieu gaucher qu’il juge difficile à enfermer dans une seule position :
Il a un très bon pied gauche, une très belle frappe de balle, et il est polyvalent. On peut le faire jouer partout où on veut : sur un côté, milieu offensif et milieu relayeur.
Mais le technicien découvre aussi un garçon très réservé
Izem vient de Grande Kabylie et, à cette époque, communique principalement en kabyle. Son arrivée en sélection lui impose donc une autre adaptation que celle du terrain.
Lahoussine raconte notamment un stage durant lequel Izem partage d’abord sa chambre avec un coéquipier de la JSK. L’entraîneur décide finalement de les séparer afin de pousser le jeune milieu à davantage s’ouvrir au reste du groupe. Il l’installe alors avec Daniel Mahdid, joueur du MC Alger à la personnalité beaucoup plus expansive.
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Le problème : les deux ne parlent pas la même langue
Lahoussine raconte en riant :
Ils étaient comme des sourds-muets entre eux, à communiquer avec des gestes.
Puis les jours passent :
Au bout d’un moment, ils ont commencé à se parler, et ils se sont bien entendus.
Pour progresser, Izem a donc aussi dû apprendre à sortir de son environnement habituel, bien avant de devoir le faire sur un terrain.
Le joueur discret que l’Algérie vient de découvrir
Trois ans plus tard, la situation a complètement changé. Au mois d’août dernier, les supporters algériens ont découvert beaucoup plus largement Youcef Izem lors des Jeux méditerranéens de Tarente. Le milieu de la JSK s’est installé comme titulaire dans l’équipe U21 dirigée par Brahim Hemdani et a participé au sacre algérien.
Celui que Lahoussine avait repéré sur le banc des cadets est désormais champion méditerranéen. Cette progression internationale accompagne celle qu’il tente parallèlement d’accomplir en club.
Rabah Bensafi, qui avait dirigé la JS Kabylie lors des dix dernières journées de la saison passée, lui avait notamment accordé deux titularisations consécutives. La première sous ses ordres, face à l’ES Sétif, s’était terminée avec un but.
Bensafi explique :
Il a joué son premier match titulaire à domicile avec moi contre l’ESS, après l’avoir fait sur le terrain du CRB avec Zinnbauer. Et il a marqué.
Le match suivant rappelle toutefois à quel point l’apprentissage des seniors peut être irrégulier :
Je lui ai renouvelé la confiance contre Chlef, et il n’a pas bien joué. On l’a sorti à la mi-temps. Mais il a eu la chance avec moi de jouer deux matchs titulaires de suite.
Chez un joueur de 19 ans, les deux rencontres racontent presque à elles seules le passage vers le haut niveau : un but qui donne confiance, puis une soirée où tout devient plus compliqué.
Un pied gauche fait pour jouer vers l’avant
Karim Belhocine, qui a pris les commandes de la JSK cet été, semble lui aussi avoir rapidement identifié ce qui rend Izem intéressant. Interrogé par Africafoot, l’entraîneur insiste notamment sur sa capacité à faire progresser le ballon :
C’est un joueur à fort potentiel. Il a cette capacité à jouer vers l’avant, que ce soit par le jeu court entre les lignes ou par des diagonales.
Une description qui rejoint précisément ce qu’avait observé Lahoussine trois ans auparavant.
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Mais Belhocine va plus loin sur sa compréhension des espaces :
Il est très intelligent dans le jeu. Il sait quand il doit venir au ballon ou aller dans la ligne du dessus, et il arrive très bien à se positionner par rapport aux autres milieux de terrain.
Chez Izem, le jeu vers l’avant ne dépend donc pas uniquement d’une longue passe ou d’une qualité technique particulière. Il passe aussi par sa capacité à comprendre où se rendre pour accélérer l’action.
Relayeur, milieu offensif, voire joueur excentré selon Lahoussine : son véritable dénominateur commun semble plutôt être sa faculté à faire progresser le jeu.
Belhocine se montre en tout cas convaincu du potentiel disponible :
J’ai trouvé que c’est un joueur avec beaucoup de qualités, et j’espère qu’on arrivera à le faire développer cette année.
L’intelligence naturelle doit devenir maîtrise
Rabah Bensafi livre néanmoins une lecture plus prudente de son développement. L’ancien entraîneur de la JSK reconnaît les qualités techniques du jeune milieu, mais estime que plusieurs automatismes tactiques doivent encore être travaillés :
Sur le plan technique, il a de très bonnes qualités. Il a besoin de travailler tactiquement, vu qu’il est jeune. Il a des manques de ce côté-là. Je pense à son positionnement sur le terrain, à ses déplacements, à l’intelligence du jeu et à la manière de trouver rapidement des solutions dans les situations compliquées.
Un jeune joueur peut posséder une compréhension naturelle du jeu, celle que loue Belhocine, sans avoir encore acquis toute la régularité tactique exigée chez les professionnels, celle que réclame Bensafi. Ce dernier rappelle d’ailleurs que son passage de dix matchs sur le banc ne lui avait pas permis d’effectuer un véritable travail individuel sur ces aspects.
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L’autre chantier concerne le physique
Sofiane Benkhelifa, éducateur et formateur passé notamment par l’USMA, l’Olympique Akbou et l’ES Sétif, le décrit comme « imprévisible » et capable de marquer, mais estime qu’il doit encore gagner en puissance pour répondre aux exigences du football senior.
Bensafi nuance toutefois la question du gabarit :
Petit de taille ? Je ne partage pas cet avis (ndlr, Izem fait 1m80). Question puissance, c’est un bon élément, il a du répondant athlétiquement. Il a un potentiel physique qui peut s’améliorer, notamment sur l’endurance.
L’ancien coach attire davantage l’attention sur la nécessité de maintenir une condition physique régulière :
Il prend des kilos facilement. On avait parlé avec le préparateur physique à son sujet. D’après les photos que je vois de la préparation de cette saison, j’ai l’impression qu’il s’est affûté. À lui de garder cette forme.
La question est donc moins de changer complètement son corps que de lui permettre de supporter durablement les exigences d’une saison chez les seniors.
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Sur le plan humain, Bensafi retrouve aussi le garçon réservé qu’avait connu Lahoussine :
C’est quelqu’un qui est un peu timide et on lui a conseillé de se lâcher un peu. Mais il est motivé et il veut réussir.
Trois ans auparavant, Izem devait apprendre à communiquer dans une chambre avec un coéquipier dont il ne parlait pas la langue. Cet été, il a occupé une place de titulaire dans une sélection algérienne victorieuse aux Jeux méditerranéens. La progression est déjà considérable.
À la JSK, en revanche, il n’a pour l’instant obtenu que deux titularisations consécutives, dont une terminée à la mi-temps contre Chlef. C’est là, et non plus en sélection, que Youcef Izem doit maintenant transformer l’essai.
Vous pouvez lire aussi le focus sur Lotfi Boussouar, paru dans le cadre de notre série #TalentsAlgériens.




