La Côte d’Ivoire, la RD Congo et le Sénégal ont été éliminés dès les 16es de finale de la Coupe du monde 2026. François Zahoui, l’ancien international puis sélectionneur des Eléphants, finaliste de la Coupe d’Afrique des Nations 2012, livre son analyse sur ces performances décevantes lors d’une interview exclusive accordée à Africafoot.
Après l’Afrique du Sud (0-1 face au Canada) et avant la RD Congo (1-2 contre l’Angleterre) et le Sénégal, défait par la Belgique (2-3 après prolongation), la Côte d’Ivoire a quitté les Etats-Unis, dominée par la Norvège. Est-ce un échec ?
C’est en tout cas une déception, car les Ivoiriens n’avaient finalement rien à envier à la Norvège. Elle perd en fin de match, quelques minutes après avoir réussi à revenir au score. Comme les autres exemples que vous avez cités, toutes les sélections africaines éliminées l’ont été dans les dernières minutes. A chaque fois ou presque, on se dit que ce n’est pas passé loin, qu’il n’a pas manqué grand-chose. C’est vrai, mais il ne faut pas se contenter de cela.
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D’où vient le problème selon vous ?
Du mental. En football, on dit qu’il y a quatre choses essentielles : le physique, la tactique, la technique et le mental. C’est sur ce dernier point qu’il faut encore progresser. Je me souviens que quand le Cameroun avait atteint les quarts de finale de la Coupe du monde en 1990, après avoir notamment battu l’Argentine (1-0), des joueurs anglais avaient dit avoir eu l’impression que les Lions Indomptables semblaient heureux d’être là. Et l’Angleterre avait gagné (3-2). La technique, le physique, la tactique, le Sénégal, la RD Congo et la Côte d’Ivoire les ont. Mais au niveau mental, il faut en vouloir davantage, être encore plus ambitieux. Tenir quatre-vingt-dix minutes, ou cent-vingt. Il ne faut rien lâcher.
Est-ce un manque d’ambition ?
Non. Les joueurs ivoiriens, sénégalais et congolais étaient motivés. Mais pour aller loin en Coupe du monde, il faut être à 150 %. Regardez Harry Kane. Regardez Kylian Mbappé, Lionel Messi, Erling Haaland, Cristiano Ronaldo. Ils sont en mission. Ils sont là pour aller au bout, ils sont animés par cette incroyable envie. Ce sont des exemples à suivre, car franchement, plusieurs sélections africaines ont un très gros potentiel. Et je vois que le Maroc se rapproche de cette excellence, à tous les niveaux, indispensable au plus haut niveau.
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Ivoiriens, Congolais et Sénégalais, ces derniers ayant eu deux buts d’avance face aux Belges, ont flanché dans les dernières minutes. Comment expliquez-vous cela ?
Le but encaissé en fin de match des pieds d’Erling Haaland par les Eléphants est assez parlant. On le connaît, c’est un des meilleurs attaquants du monde, mais quand il marque, il bénéficie d’une trop grande liberté. Il faut être ambitieux, fort mentalement et aussi faire preuve d’une grande concentration quand on affronte un adversaire dont le meilleur joueur est un buteur hors norme.
C’est dommage, car déjà contre l’Allemagne au premier tour (1-2), les Eléphants perdent dans les dernières minutes. On sait que la Côte d’Ivoire peut rivaliser avec les meilleurs, et même les battre, comme lors de la victoire en France en amical avant le Mondial (2-1).
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Pour le Sénégal, cette élimination est intervenue après une succession de polémiques internes et de choix tactiques contestés du sélectionneur Pape Thiaw. Est-ce une déception majeure ?
On attendait beaucoup mieux du Sénégal, une des meilleures sélections d’Afrique. Mais il y a eu beaucoup de trop de problèmes en dehors du terrain. Une équipe a besoin de sérénité lors d’un grand tournoi international comme la Coupe du monde. Le sélectionneur a fait des choix, cela fait débat. Mais quand on encaisse trois buts lors de trois de ses quatre matchs, il est difficile d’espérer aller loin. D’autant plus que Sadio Mané n’a pas eu le rendement attendu, alors que c’est le leader de cette formation.
La RD Congo, moins attendue, a réalisé un parcours très honorable…
Oui. Accrocher le Portugal (1-1) à l’issue d’un match bien géré, se qualifier pour les 16e de finale grâce à une deuxième mi-temps très bien maîtrisée et tenir tête pendant près de quatre-vingt-cinq minutes à l’Angleterre prouve que cette sélection a de la qualité. Elle progresse depuis des années, et elle peut être fière de son parcours.
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Envisagez-vous des changements au niveau des staffs techniques ?
En Côte d’Ivoire et en RD Congo, non, je ne pense pas. On va vers de la stabilité, à l’approche des qualifications pour la CAN 2027 et qui débuteront en septembre. En revanche, j’ai l’impression qu’au Sénégal, il pourrait y avoir du changement. J’ai vu que la situation de Pape Thiaw est compliquée.




