Ils étaient arrivés en Amérique avec un statut inédit. Première nation de l’histoire des éliminatoires africaines à se qualifier pour une Coupe du monde sans encaisser le moindre but, les Aigles de Carthage rêvaient de franchir enfin le premier tour. Deux semaines plus tard, ils repartent avec l’une des campagnes les plus douloureuses de leur histoire.
Serge Akakpo revient sur le parcours des sélections africaines au terme de la phase de groupes du Mondial
Trois matches. Trois défaites. Deux buts marqués. Douze encaissés. Une différence de buts de -10.
Le contraste est saisissant. D’une équipe hermétique et disciplinée durant les qualifications, la Tunisie est devenue, en l’espace de quelques jours, l’une des défenses les plus fragiles du tournoi.
Une défense qui s’est effondrée.
Une défense qui a perdu tous ses repères
Tout a commencé face à la Suède. En quarante-cinq minutes, le bloc tunisien a perdu ce qui faisait sa force : sa compacité. Les espaces entre les lignes se sont agrandis, les latéraux ont été constamment débordés et les défenseurs centraux se sont retrouvés exposés à répétition. Le score final, 5-1, a provoqué un véritable séisme.
Jamais la Tunisie n’avait semblé aussi vulnérable dans une grande compétition. La réaction de la Fédération a été immédiate : Sabri Lamouchi est démis de ses fonctions au lendemain de cette débâcle. Hervé Renard est appelé en urgence pour sauver ce qui pouvait encore l’être.
Hervé Renard, une mission impossible
Changer de sélectionneur au milieu d’une Coupe du monde relève souvent du pari désespéré. Hervé Renard, fort de son immense expérience internationale, a tenté de réorganiser le bloc défensif et de redonner une structure à son équipe. Mais en quelques séances d’entraînement, il était impossible de corriger des automatismes défaillants.
Le Japon en a profité (4-0). Les Pays-Bas également (3-1). Au final, la Tunisie quitte le tournoi avec 12 buts encaissés, soit le pire total défensif de cette phase de groupes.
Les chiffres confirment les difficultés tunisiennes
Les données du Match Centre de la FIFA illustrent parfaitement les difficultés tunisiennes. L’équipe a souvent été dominée dans la possession, a concédé un nombre important de tirs et d’occasions franches, tout en passant une grande partie de ses rencontres à défendre dans son dernier tiers. Le volume de course, lui, est resté élevé. Les Tunisiens ont beaucoup couru, probablement trop. Mais cette débauche d’énergie traduisait davantage une équipe qui poursuivait constamment le ballon qu’une équipe maîtrisant son sujet.
Les Tops
Hannibal, le seul rayon de soleil
Dans ce désert collectif, un joueur a pourtant confirmé son immense potentiel : Hannibal Mejbri. Le milieu offensif a terminé la compétition avec deux passes décisives, étant directement impliqué sur les deux buts tunisiens.
Parcours de Hannibal Mejbri, coûts des transferts, rémunération et plus
Au-delà des statistiques offensives, il figure parmi les joueurs ayant parcouru le plus de kilomètres de l’effectif. Il est aussi celui qui a créé le plus d’occasions, remporté le plus de duels au milieu et effectué le plus de courses à haute intensité. Chaque accélération, chaque pressing, chaque transition passait par lui.
Hannibal Mejbri, le cœur et le moteur des Aigles de Carthage
À seulement 23 ans, il est apparu comme le véritable leader technique de cette génération.
Mastouri, l’autre satisfaction
Hazem Mastouri a confirmé son sens du but. Peu servi, souvent isolé, il est pourtant resté l’attaquant tunisien le plus dangereux. Son activité permanente et sa capacité à attaquer la profondeur ont constitué l’une des rares armes offensives des Aigles.
Avec Hannibal, il représente aujourd’hui l’un des fondements du futur projet sportif.
Les Flops
Les cadres ont disparu
À l’inverse, plusieurs leaders attendus ont traversé le tournoi comme des fantômes. La charnière centrale a souffert. Le milieu récupérateur n’a jamais trouvé les bons équilibres. À l’image d’Hazem Mastouri, toujours disponible et récompensé par un but, il a souvent été abandonné par son milieu.
« Reconstruire l’équilibre de l’équipe » : Karim Laribi analyse la Tunisie après l’arrivée d’Hervé Renard
Les couloirs ont constamment été pris dans leur dos. Les erreurs individuelles se sont accumulées au fil des rencontres jusqu’à faire perdre toute confiance au collectif. Le manque de leadership sur le terrain est devenu criant.
Karim Laribi : « Ce Mondial doit servir de leçon »
L’ancien international tunisien Karim Laribi livre son analyse :
Les chiffres sont parfois cruels, mais ils racontent souvent la vérité. On a vu une équipe qui courait énormément, mais sans maîtrise collective. Hannibal Mejbri a été le seul capable de créer des différences. Deux passes décisives, une énorme activité et beaucoup de personnalité. Mais on ne peut pas demander à un seul joueur de porter toute une sélection.
Le changement entre Sabri Lamouchi et Hervé Renard est arrivé trop tard. Les problèmes étaient installés bien avant le début de la compétition. Il faut reconstruire autour d’une nouvelle génération, avec un projet clair et de la stabilité.
Reconstruire plutôt que réparer
Cette Coupe du monde laissera des traces, mais elle offre également un enseignement majeur. La Tunisie possède des joueurs capables d’incarner l’avenir. Hannibal Mejbri en est le symbole. Hazem Mastouri aussi.
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Le défi de la Fédération sera désormais de construire autour de cette nouvelle génération, tout en retrouvant l’identité qui avait fait la force des Aigles durant les éliminatoires. Le chantier est immense. Il est désormais impossible de le repousser.




