À quelques semaines de son grand retour sur la scène mondiale, l’Algérie avance avec un mélange d’espoir, de prudence et d’interrogations. Après deux absences consécutives en Coupe du monde, les Fennecs retrouvent une compétition qui a souvent nourri leur imaginaire collectif, de 1982 à 2014.
Cette fois, le contexte est particulier. Le format élargi à 48 équipes ouvre de nouvelles perspectives, mais impose aussi une lecture plus nuancée des objectifs. Sortir des groupes ne suffit plus forcément à égaler le souvenir du Brésil, puisqu’un tour supplémentaire s’est ajouté dans le parcours.
Autour de Vladimir Petkovic, les débats restent nombreux : niveau réel de l’équipe, équilibre tactique, ambitions à afficher, gestion du groupe, capacité à rivaliser avec l’Argentine, l’Autriche et la Jordanie. Pour mieux mesurer l’état d’esprit qui entoure cette sélection, plusieurs anciens internationaux algériens ont accepté de livrer leur regard lors d’une interview exclusive accordée à Africafoot.
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Tedj Bensaoula, Khaled Lemmouchia, Moussa Saïb et Anthar Yahia (207 sélections à eux quatre) évoquent, chacun avec sa sensibilité, les forces, les limites et les attentes autour des Verts. Une table ronde qui dessine un fil rouge : l’Algérie doit respecter ses adversaires, mais surtout ne pas se diminuer elle-même.
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#1 Êtes-vous optimistes pour l’Algérie à l’aube de cette Coupe du Monde ?
Tedj Bensaoula :
Si on n’est pas optimistes, ce n’est pas la peine d’y aller du tout, si ce n’est pour faire de la figuration ! Il faut l’être et profiter de cette occasion pour mettre en exergue tout notre potentiel, qu’il soit offensif ou défensif. Il n’y a pas lieu d’être pessimiste. Il faut y aller avec un excellent état d’esprit.
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Khaled Lemmouchia :
En tant qu’Algérien, on est toujours confiants et optimistes. On a la possibilité de passer le cap des poules, d’en sortir, et ensuite de prendre les matchs les uns après les autres.
#2 Quels enseignements tirez-vous des récentes prestations de l’équipe, notamment lors de la CAN et des matchs de préparation ?
Khaled Lemmouchia :
Si on analyse bien, on se rend compte que pendant les éliminatoires, on n’avait pas affronté de grandes équipes. On ne savait pas encore quel était notre réel niveau. La CAN est arrivée à point nommé, cela nous a permis de nous situer, d’identifier nos qualités, notre potentiel à améliorer, mais aussi nos défauts.
Je pense donc que cette CAN a été bénéfique. Elle a été ponctuée par un bon rassemblement durant le mois de mars. Contre l’Uruguay, il y a eu des enseignements : une défense à trois a été mise en place et c’est l’une des conséquences de la Coupe d’Afrique. Vladimir Petkovic a dû se dire qu’à trois, c’est préférable étant donné les profils que nous avons.
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Moussa Saïb :
La sélection nous a montré du bon et du moins bon ces derniers temps. On a commencé à douter d’elle lors des phases éliminatoires de la CAN. À la CAN justement, on espérait mieux qu’un quart de finale. J’aurais aimé qu’on prenne plus de risques dans le jeu pour jouer les premiers rôles.
Quand j’ai entendu que l’objectif n’était que de passer le premier tour, c’est comme si on rabaissait notre équipe nationale. Après, le dernier match amical face à l’Uruguay a donné des certitudes défensives en vue du match contre l’Argentine. Cela reste un bon test. Mais avec cette sélection, on reste toujours sur notre faim. On est capables de tout et on ne peut toujours pas émettre de jugement définitif.
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#3 Avec des joueurs reconnus mondialement, l’Algérie possède-t-elle l’un de ses meilleurs effectifs pour aborder la phase de groupes avec l’Argentine, l’Autriche et la Jordanie ?
Anthar Yahia :
Si on commence par l’observation du groupe dans lequel on se trouve, que ce soit l’Argentine, tenante du titre, l’Autriche ou la Jordanie, il y a des adversaires de grande qualité. Mais nous aussi, aujourd’hui, nous avons des joueurs de qualité évoluant dans de bons championnats, et qui sont capables de faire de belles choses.
Tedj Bensaoula :
Attention, il faut rester humble et modeste dans ce monde du football qui est impitoyable et sans pitié. C’est vrai que nous avons des joueurs reconnus mondialement et qui évoluent dans des championnats huppés.
Mais saura-t-on faire un bel amalgame entre ces différents éléments issus de divers clubs et horizons ? Là est toute la question. Il faudra trouver une osmose dans tout cet ensemble. À partir de là, on pourra éventuellement voir plus loin.
Khaled Lemmouchia :
Quand vous voyez l’Argentine, la Jordanie et l’Autriche, je pense qu’on est capables de rivaliser. En 2014, dans une configuration à 32 équipes, on est sortis d’une poule avec la Belgique, la Russie et la Corée du Sud. Cela montre de quoi on est capables.
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#4 Le format à 48 équipes modifie-t-il la donne concernant les objectifs à se fixer ?
Moussa Saïb :
Complètement. Avec une Coupe du monde à 48, on peut regarder plus haut que les 16es de finale, espérer franchir une marche et viser le 3e tour, ne pas s’arrêter qu’au 2e.
Khaled Lemmouchia :
Ce ne sera pas comme au Brésil, vu qu’il n’y aura pas directement les 8es de finale, mais les 16es. Pour faire aussi bien qu’en 2014, il faudra donc franchir un seuil de plus. Après, comme je vous le disais, les matchs à élimination directe, c’est difficile pour tout le monde.
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#5 Justement, quelles doivent être les ambitions de la sélection pour ce Mondial ? Quel discours adopter ?
Moussa Saïb :
Les standards doivent être plus élevés. Il faut avoir de l’ambition dans le football. Les autres équipes se préparent contre toi en sachant que tu as été champion d’Afrique. Il n’y a que toi qui te sous-estimes ! Il faut donner à cette équipe la valeur qu’elle mérite.
L’Algérie a un passé footballistique et de grands noms, tout cela doit être mis en valeur. Djamel Belmadi en 2019 a été ambitieux : il a dit qu’il allait à la CAN pour la gagner, et c’est ce qu’il a fait. Si j’avais été entraîneur, j’aurais tenu le même discours. J’y vais pour gagner et non comme un touriste. J’étais joueur, je sais ce que cela veut dire et l’impact que cela a.
Tedj Bensaoula :
Si on n’a pas d’ambition, ce n’est pas la peine d’y aller. Nous avons des exemples devant nous concernant cette compétition pleine de surprises. Je me souviens qu’en 1982, l’Italie a démarré péniblement avec trois nuls, avant de remporter le tournoi ! Nos ambitions sont saines et logiques, dans la mesure où l’on doit prendre conscience de nos capacités. Il ne faut pas pousser notre ambition de manière démesurée, mais être pragmatique et voir quels arguments nous pouvons faire valoir sur le terrain.
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Khaled Lemmouchia :
Il faut être ambitieux, même s’il est vrai que nous n’avons pas participé aux deux dernières Coupes du monde en Russie et au Qatar. Il va falloir revenir avec humilité, mais avec des ambitions. C’est une Coupe du monde, on sait que tout est possible et qu’il n’y a pas de petites équipes. Il faut respecter tout le monde, mais déjà commencer par se respecter soi-même. Égaler la performance réalisée au Brésil, ce serait déjà très bien.
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Anthar Yahia :
Je ne me mets pas dans la posture de donner des pronostics, des conseils, ou de mettre une pression extérieure en tant qu’observateur. Les matchs se jouent sur le terrain et on leur souhaite beaucoup de réussite. On est derrière eux ! Être revenus sur la scène internationale en tant qu’Algériens, c’est déjà une fierté et c’est le plus important. Je leur souhaite d’y aller avec beaucoup d’ambition et qu’ils puissent, une nouvelle fois, nous rendre fiers.




