La liste des 26 Aigles de Carthage devait être une fête, elle s’est transformée en une tempête médiatique sans précédent. Au cœur du cyclone : Louey Ben Farhat (19 ans) et le sélectionneur Sabri Lamouchi. Après avoir honoré ses deux premières sélections en mars, le jeune crack tuniso-allemand de Karlsruhe a décliné sa convocation pour la Coupe du monde 2026 via un appel de son père, quelques heures seulement avant l’annonce officielle.
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En conférence de presse, un Lamouchi furieux n’a pas mâché ses mots face aux journalistes :
J’ai reçu un appel du père de Louey (…) Il m’a dit que c’était trop tôt (…) C’est un manque de respect !
Si l’opinion publique tunisienne a massivement soutenu cette diatribe fracassante, certaines figures historiques du football national s’interrogent.
« La Tunisie ne va pas s’arrêter à un joueur »
Parmi elles, l’incontournable Radhi Jaïdi. L’ancien capitaine emblématique et champion d’Afrique 2004 s’est confié en exclusivité à Africafoot pour livrer son analyse. Il rappelle d’emblée la primauté absolue de l’institution :
La Tunisie, c’est plus grand que tout le monde. […] Si tu ne veux pas, c’est un choix, et ‘baraka allahou fik’. C’est tout. La Tunisie ne va pas s’arrêter à un joueur.
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Mais l’ancien roc défensif se montre particulièrement critique quant au lynchage public orchestré par le staff technique.
Le désaccord profond sur le déballage public
Pour Jaïdi, laver son linge sale en public est une erreur stratégique majeure. Pointant du doigt d’éventuelles failles de la cellule de recrutement dans la communication avec le clan du joueur, il martèle :
Moi, ce que je n’aime pas, c’est d’avoir un entraîneur qui dénonce un joueur sur ce sujet-là. Il aurait pu laisser ça dans le background. Parce que c’est personnel.
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Il redoute les conséquences de cette exposition :
Là, on expose le joueur directement au peuple tunisien, c’est dangereux. Ce n’est pas bien. Pas bien aussi pour notre image que pour celle du joueur. Pour moi, il faut régler ça en interne.
Le lourd dilemme des binationaux
Abordant les raisons qui ont poussé la famille Ben Farhat à temporiser – potentiellement pour préserver les chances du joueur d’évoluer avec l’Allemagne ou de décrocher un transfert majeur en Bundesliga –, Jaïdi fait preuve d’une grande lucidité. Il explique :
À un moment, c’est difficile de choisir. Si t’es en Allemagne, et que t’as un parent allemand et un autre tunisien, t’es partagé. Si on est honnêtes, les binationaux, ils veulent généralement jouer dans le pays où ils sont nés. Car c’est plus fort, et sportivement c’est plus grand.
Ne jamais fermer la porte à l’avenir
L’analyse de Jaïdi prend une dimension d’autant plus ironique que Sabri Lamouchi a lui-même connu ce dilemme, choisissant de défendre les couleurs de la France plutôt que celles de son pays d’origine durant sa carrière de joueur. Une trajectoire qui devrait inciter à plus de recul. L’ancien capitaine prévient, tout en refusant d’enterrer définitivement le jeune attaquant :
Franchement, je respecte beaucoup Sabri (…) Mais il ne faut pas tomber dans ce piège. On ne sait jamais. Le petit, il va peut-être changer d’avis et, dans quelques mois, il va revenir et vouloir jouer avec la Tunisie.
Un véritable appel à la sagesse dans un climat devenu passionnel.




