Il y a des absences que l’on peut compenser. D’autres qui changent tout un équilibre. Ramy Bensebaïni appartient à cette seconde catégorie. À l’approche de la Coupe du monde 2026, le défenseur du Borussia Dortmund traîne une incertitude physique liée à une blessure au pied, mais personne, côté algérien, n’imagine vraiment les Verts entrer dans la compétition sans lui. Pas seulement parce qu’il est expérimenté. Surtout parce qu’il coche des cases que peu d’autres défenseurs algériens réunissent au même niveau.
Comment Bensebaïni a pris ce poids chez les Verts
Christian Gourcuff connaît bien le joueur. C’est lui qui l’avait lancé avec l’Algérie en novembre 2015 contre la Tanzanie, avant de le retrouver ensuite à Rennes. L’ancien sélectionneur des Verts confie à Africafoot :
Ramy, je l’ai connu à deux titres. Avec la sélection d’abord, même si je l’avais laissé à disposition de l’équipe olympique pour les éliminatoires des JO. Sinon, il aurait intégré encore plus vite la sélection A. Ensuite, je l’ai recruté à Rennes. C’était un jeune joueur, mais il a vite franchi toutes les étapes.
Dans son parcours, l’Académie de Paradou reste un socle essentiel. Gourcuff insiste d’ailleurs sur ce point, en rappelant que le club algérois a longtemps été « un exemple dans la formation » et que Bensebaïni en est « le plus bel exemple ». De Paradou à Rennes, puis de Mönchengladbach à Dortmund, le défenseur a avancé sans brûler les étapes.
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Mourad Slatni, ancien international algérien et ancien défenseur central, résume cette longévité par plusieurs facteurs :
Ses qualités physiques et techniques, sa rentabilité en club, son expérience. Il a gravi les échelons petit à petit et s’est aguerri avec le temps. C’est un pur produit algérien. Il a la grinta d’un Fennec.
Entre force de caractère et excès d’engagement
Bensebaïni joue avec une intensité émotionnelle forte. C’est ce qui lui donne une partie de son impact, mais aussi ce qui peut parfois l’amener à la limite. Slatni le reconnaît :
Par moments, il peut le payer cash, avec quelques cartons jaunes rédhibitoires, comme celui qui l’a privé du barrage retour contre le Cameroun. Son absence est tombée au plus mauvais moment, surtout qu’on n’avait pas de suppléants crédibles.
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Gourcuff avait déjà identifié ce point chez le jeune joueur qu’il avait connu à Rennes. Il explique :
Il avait à gommer son côté impulsif, sur le plan émotionnel. Avec l’âge, il a appris à se maîtriser davantage.
Slatni nuance toutefois cette évolution, surtout en sélection :
En Afrique, face au jeu dur, à l’engagement des adversaires et à l’injustice de certains arbitres, les joueurs peuvent dégoupiller. Par rapport à Aïssa Mandi, il n’y a pas photo, Mandi est plus calme.
Mais l’ancien défenseur rappelle aussi l’autre face de cette énergie :
Cette grinta est bénéfique à l’Algérie. C’est un bon tacleur, il va de l’avant, il va au charbon, il marque de la tête. C’est à double tranchant.
Son vrai poste est-il désormais dans l’axe ?
La polyvalence de Bensebaïni a longtemps été l’un de ses grands atouts. Il peut jouer latéral gauche, défenseur central gauche, et même dépanner dans d’autres configurations. Gourcuff rappelle toutefois que le couloir n’était pas son habitat naturel au départ :
À Montpellier, Courbis l’avait utilisé comme latéral gauche. Au départ, c’était un peu contre nature, parce que ce n’était pas un joueur explosif. Il était plus à l’aise dans l’axe. Mais il a quand même fait une carrière honorable à ce poste, même si son poste de prédilection reste l’axe.
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Aujourd’hui, Slatni le voit davantage au cœur de la défense, surtout avec l’émergence de Rayan Aït-Nouri à gauche :
Vu les performances d’Aït-Nouri, je préfère Bensebaïni dans l’axe. Il n’y a pas une concurrence rude en sélection à ce poste. Personne n’a le même niveau. Et comme il est axial gaucher, il fait la balance avec Mandi.
Pour l’Algérie, cette complémentarité peut peser lourd dans une compétition où chaque détail défensif comptera.
Plus qu’un défenseur
Ce qui rend Bensebaïni si précieux ne tient pas seulement à son agressivité défensive ou à son expérience. Il apporte aussi quelque chose que peu de centraux algériens donnent avec autant de naturel : une première relance propre, verticale, capable de faire avancer l’équipe. Slatni le dit avec une formule forte :
Ramy est le trait d’union entre la défense et le reste de l’équipe.
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L’ancien international détaille :
Par rapport à Belaïd, Chergui ou Tougaï, c’est le seul qui a une relance au-dessus de la moyenne. Il arrive à casser les lignes avec de bonnes passes vers l’avant. Même Mandi n’est pas aussi bon dans ce domaine.
Cette qualité change beaucoup de choses. Bensebaïni ne se contente pas d’éteindre les incendies. Il peut aussi lancer les premières transitions, gagner du terrain, trouver un milieu entre les lignes et éviter à l’Algérie de subir trop bas.
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Reste la question physique. Faut-il le titulariser s’il n’est pas totalement remis ? Slatni se montre ferme :
Pour qu’il soit dans le onze, il faut qu’il soit à 100 %. On ne peut pas avoir un joueur à 95 %. Si c’est juste un déficit physique, il peut négocier intelligemment ses actions. Mais si c’est vraiment une blessure qui le limite, il vaut mieux avoir quelqu’un à sa place.
Voilà tout l’enjeu. L’Algérie a besoin de Bensebaïni, mais pas d’un Bensebaïni diminué. Si le défenseur arrive prêt, concentré et libéré physiquement, il restera l’un des joueurs les plus difficiles à remplacer dans le dispositif des Verts.




