À une époque où le football moderne est souvent synonyme de plans de carrière millimétrés et de confort absolu, la voix d’Omar Belbey résonne avec une force et une pureté rares. Lors d’un entretien exclusif accordé à Africafoot, l’ancien milieu de terrain des Verts ne s’est pas contenté de livrer une analyse technique.
À fleur de peau, d’une sincérité désarmante, il a posé un cadre moral pour la génération qui s’apprête à disputer la Coupe du monde. Sa démarche ne relève pas de la leçon de morale d’un ancien joueur nostalgique, mais d’une transmission de témoin nécessaire. Une demande claire et vibrante : ressusciter, sur les pelouses du Mondial, l’état d’esprit des pionniers de l’équipe du FLN.
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L’admiration pour le FLN et la leçon de Rachid Mekhloufi
Pour Belbey, l’histoire du football algérien ne commence pas avec les contrats professionnels ou les centres d’entraînement ultra-modernes. Elle prend sa source dans le sacrifice fondateur des années 1960. Il assène d’emblée :
De toute façon, quand on vient jouer pour l’équipe nationale, que ce soit au début des années 60 avec l’équipe du FLN, l’esprit reste le même. Ce sont nos prédécesseurs, ils nous ont montré la voie. On vient pour jouer pour le maillot, on donne tout et on ne triche pas.
Cette équipe mythique, Belbey s’est récemment replongé dans son histoire avec une curiosité presque enfantine et une immense admiration :
Lorsqu’ils sont partis pour créer cette équipe, ils ont sacrifié leur vie, ils ont sacrifié leur sport, alors qu’ils étaient des professionnels reconnus. Ce qu’ils ont fait n’a pas de prix. C’est vraiment un honneur, un exemple, et il faut rappeler ces choses-là.
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Dans ses mots, on devine le respect absolu pour ces hommes qui ont bravé les règlements et la colère des institutions coloniales pour faire flotter le drapeau national. Un nom, en particulier, symbolise ce choix de vie : Rachid Mekhloufi. Il ajoute :
J’ai eu la chance de le croiser, de le saluer et d’échanger quelques instants avec lui. Ce qu’il avait fait pour l’Algérie, mais aussi à Saint-Étienne… Il était en équipe de France, il était l’un des meilleurs numéros 10 du monde et, malgré tout cela, il a tout quitté pour jouer avec l’Algérie. Oui, c’est un exemple, comme nos parents nous l’ont transmis. L’Algérie, ce n’est pas n’importe qui… Voilà, on ne triche pas avec l’Algérie.
Un corps donné à la patrie, sans rien attendre en retour
Si le message de Belbey a autant de poids, c’est que l’homme est parfaitement cohérent avec ses principes. Sa propre carrière internationale s’est arrêtée net à la suite d’une terrible blessure au genou contractée contre le Mali lors de la CAN 2002. Pourtant, à aucun moment Belbey ne se pose en victime, ne s’épanche sur son sort ou n’exprime le moindre regret. Pour lui, donner son corps à la patrie était simplement dans l’ordre des choses :
Non, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait de la reconnaissance. Ce qui m’importait, c’est que les mésaventures qui me sont arrivées avec la sélection puissent servir. Que ça serve de tremplin pour les générations futures.
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Cet amour inconditionnel pour l’Algérie ne date pas de ses années professionnelles. Adolescent, il était déjà prêt à tout risquer pour porter le maillot national :
Dès la catégorie cadets, j’ai pris mes dispositions alors que j’étais au FC Rouen pour venir en sélection, quitte à me mettre mon club à dos. J’ai même été suspendu par mon club parce que j’étais parti avec les cadets algériens alors qu’ils voulaient me voir intégrer l’équipe junior en France. J’ai toujours dit que jouer pour la France ne m’intéressait pas. Pour moi, porter le maillot de l’équipe nationale, cela ne pouvait être que celui de l’Algérie.
Cette droiture s’est heurtée à une époque difficile, celle des années de plomb à la fin de la décennie 1990, où rejoindre la sélection s’apparentait parfois à un parcours du combattant, sans assurance médicale ni certitude d’avenir. Belbey évoque ainsi le sort dramatique de son coéquipier Salem Harchèche, venu en sélection alors qu’il se retrouvait sans club, avant qu’une blessure ne mette un terme prématuré à sa carrière. Il glisse sans rancœur :
On a été un peu, allez, on va dire entre parenthèses, « sacrifiés ». Mais quand je vois aujourd’hui tout ce dont bénéficient les joueurs pour pratiquer au haut niveau, je suis content d’être passé par là et je n’ai pas de problème avec ça.
Donner sans attendre : d’hier sur les terrains à aujourd’hui au quotidien
Ce besoin viscéral d’aider, de donner de sa personne sans jamais rien réclamer en retour, Belbey ne l’a pas abandonné en raccrochant les crampons. Aujourd’hui, bien loin des paillettes du football de haut niveau, il consacre ses journées à travailler en tant qu’aide auprès de personnes en situation de handicap. Un métier de l’ombre, difficile et exigeant, qui en dit long sur la nature profonde de ce grand bonhomme. C’est de ce quotidien ancré dans l’humilité et le don de soi que ses paroles tirent leur légitimité absolue. Sa vie est un exemple de droiture.
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C’est fort de cette authenticité qu’il pose un regard plein d’espoir, mais aussi de lucidité politique et sportive, sur l’Algérie d’aujourd’hui. Il se réjouit :
Aujourd’hui, toutes les données et toutes les conditions sont réunies pour faire une très belle Coupe du monde, bien représenter l’Algérie, essayer d’aller le plus loin possible et honorer le nom du pays.
Mais l’ancien joueur n’oublie pas les tensions extérieures qui entourent l’équipe :
Aujourd’hui, on parle de l’Algérie partout. On en parle en bien ou on en parle en mal parce que cela fait mal à certains de voir l’Algérie réussir. Nous avons beaucoup de personnes qui sont contre nous et qui aimeraient voir l’Algérie tomber mais, malheureusement pour eux, l’Algérie ne fait que monter en ce moment.
Un appel au cœur pour défier les géants
L’optimisme d’Omar Belbey se nourrit également de ce qu’il a pu observer lors du récent match référence face aux Pays-Bas, où la solidarité défensive a permis de résister à l’un des cadors européens. Il souligne :
En première mi-temps, l’équipe a été malmenée, mais à aucun moment elle n’a courbé l’échine.
Il salue également le caractère de Luca Zidane dans les buts, qui a « prouvé qu’il n’était pas là par piston », ainsi que la fraîcheur d’Anis Hadj Moussa et d’Ibrahim Maza, qu’il voit comme les « futurs leaders de l’équipe nationale ».
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Pour Belbey, avant de défier les plus grandes nations du globe au Mondial, à commencer par l’Argentine, les Fennecs doivent d’abord puiser dans ce supplément d’âme historique. Jouer sans complexe, savourer la chance d’évoluer dans des conditions exceptionnelles, mais ne jamais oublier l’essentiel :
C’est l’amour du maillot, l’amour du pays qui parlait là, ce n’était pas le simple footballeur.
Un message universel et intemporel, délivré par un homme debout, qui continue de servir la collectivité chaque jour, avec la même discrétion et la même passion.




