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Succession de Petkovic, modèle Halilhodžić : Les vérités de Nourredine Kourichi

L'ancien joueur et coach algérien Nourredine Kourichi dresse un bilan sans concession après le Mondial décevant des Verts et livre les clés du successeur idéal de Petkovic.

Naim Beneddra
Posté le juillet 12, 2026
en Actus, Exclusivité, Interview

Une dizaine de jours après l’élimination de l’Algérie de la Coupe du monde 2026, les débats font rage autour de l’avenir de Vladimir Petkovic. Bien que son limogeage reste incertain en raison d’indemnités de départ conséquentes, la question de sa succession et des raisons de cet échec est sur toutes les lèvres. Pour analyser la situation, Africafoot a joint Nourredine Kourichi.

Héros de l’épopée de 1982 et ancien adjoint de Vahid Halilhodžić lors du mémorable Mondial 2014, Kourichi pose un regard lucide et sans complaisance sur le football algérien depuis la France où il réside. Pour lui, le mal est plus profond qu’une simple question de sélectionneur : il s’agit d’un problème structurel de formation. Entre nostalgie des années de gloire et réalisme froid sur le fiasco de 2026, il nous livre sa vision pour redresser la barre.

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Table des matières

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  • I. Le bilan de la Coupe du monde 2026 et les erreurs de Vladimir Petkovic
  • II. Le profil du futur sélectionneur : Compétence locale contre expertise étrangère
  • III. L’héritage de l’ère Halilhodžić : La rigueur et la gestion humaine au cœur du succès
  • IV. Les clés pour l’avenir
  • L’avis de la rédaction

I. Le bilan de la Coupe du monde 2026 et les erreurs de Vladimir Petkovic

Pour commencer, quelle analyse globale faites-vous de la participation de l’Algérie à cette Coupe du monde 2026 ?

Sur le plan comptable, il était initialement question de passer le second tour. Cela a été fait, et c’est vrai qu’on a tendance à juger un sélectionneur par rapport aux objectifs contractuels qui lui ont été assignés. Mais au-delà des chiffres, je suis profondément désolé et triste pour les 48 millions d’Algériens. Ils auraient mérité qu’on montre une bien meilleure image de ce qu’est réellement l’équipe d’Algérie, et qu’on leur procure du plaisir. On ne peut pas simplement se contenter de les applaudir pour leur soutien sans leur offrir un contenu à la hauteur sur le terrain.

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Justement, après l’élimination, Vladimir Petkovic a rappelé que l’Algérie n’avait plus disputé le Mondial depuis douze ans et que franchir la phase de poules était déjà une performance à ne pas dramatiser. Partagez-vous ce constat ou estimez-vous qu’il a manqué de respect au standing de la sélection ?

C’est sa vision des choses. Les générations changent, les mentalités aussi. Pour ma part, je constate que nous avons d’excellents joueurs sur le plan technique, mais que nous n’avons pas une très bonne équipe. On obtiendra une grande équipe le jour où les joueurs sauront jouer ensemble à chaque match. Pour dégager une équipe type, il faut de la continuité.

L’erreur majeure de Petkovic a été de ne pas construire son équipe type durant la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), afin de s’en servir de socle pour le Mondial. En ne le faisant pas, il a privé les joueurs des automatismes et des repères indispensables pour aborder une Coupe du monde. C’est pour cela que le public n’a pas vu un football séduisant. Le sélectionneur n’a pas su positionner les joueurs là où ils pouvaient donner leur maximum.

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On pense notamment au positionnement d’Ibrahim Maza…

Tout à fait, notamment contre la Suisse. Au-delà de cela, nous étions privés d’attaquant de profondeur en raison de la blessure d’Amoura. Dans ce contexte, un profil comme celui de Bounedjah nous aurait fait énormément de bien pour servir de point d’appui en attaque. C’est typiquement ce qui nous a manqué lors de cette rencontre.

Mais je le répète, c’est l’absence d’une équipe type stable qui nous a plombés. On s’en est pris à Luca Zidane après la défaite 0-3 contre l’Argentine, mais le schéma tactique et les défenseurs changeaient constamment devant lui. Sans repères, la défense l’a exposé, notamment en ne défendant pas correctement sur Lionel Messi.

De plus, l’écarter face à l’Autriche pour aligner Oussama Benbot était une erreur tactique majeure. On ne peut pas lancer un gardien pour sa première sélection, alors qu’il n’a disputé que 14 matchs en club cette saison, dans une rencontre à si fort enjeu.

II. Le profil du futur sélectionneur : Compétence locale contre expertise étrangère

Face à l’avenir incertain de Petkovic, beaucoup de supporters rappellent qu’historiquement, les seuls titres de l’Algérie ont été remportés par des techniciens locaux. Est-ce un argument suffisant pour privilégier une piste locale plutôt qu’un énième entraîneur étranger ?

Je veux bien qu’on mise sur le savoir-faire local, mais à une condition essentielle : que ces entraîneurs possèdent les diplômes et les formations requises. Entraîner est un véritable métier. Malheureusement, en Algérie, trop d’anciens joueurs glissent directement vers le banc de touche sans passer par le cursus d’apprentissage nécessaire. Ce n’est pas la bonne méthodologie. La formation est le pilier de tout.

Le futur sélectionneur national doit être choisi uniquement sur ses compétences et non sur sa nationalité. J’ai eu l’honneur d’être l’adjoint de Vahid Halilhodžić. Vahid était d’abord un immense joueur, ce qui aide grandement à appréhender le football de haut niveau, mais c’était aussi un grand technicien qui avait déjà travaillé avec de grandes nations. Les compétences s’acquièrent par la formation et l’expérience.

Vous pointez là un problème de fond qui dépasse le simple cadre de l’équipe nationale…

Absolument. Nous accusons un retard immense sur la formation des jeunes joueurs et des entraîneurs. C’est pourtant le chantier prioritaire. Si nous n’avons pas de techniciens bien formés, le niveau du championnat local reste forcément très moyen, comme c’est le cas actuellement.

Prenons le cas des gardiens de but : comment expliquer qu’en Algérie, depuis le départ de Raïs M’Bolhi, nous n’ayons pas réussi à former un gardien de très haut niveau ? C’est anormal. En 1982, l’équipe qui a battu la RFA ne comptait que deux binationaux : Faouzi Mansouri et moi-même.

Le reste de l’effectif était issu du championnat local. Aujourd’hui, la sélection est composée à 80 % de binationaux. Cela met en lumière la faillite de notre système de formation. L’Algérie compte 48 millions d’habitants. Ne me dites pas qu’avec un tel réservoir, nous ne sommes pas capables de bâtir une grande équipe locale.

Mais nous sommes tributaires de présidents de clubs qui refusent d’investir dans des centres de formation. En revanche, ils n’hésitent pas à verser des salaires de 40 000 ou 50 000 euros à des joueurs du championnat local au niveau moyen. C’est désolant. Tout cet argent devrait être injecté à la base, chez les jeunes, pour préparer l’avenir. En football, si on ne sème pas, on ne récolte pas.

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III. L’héritage de l’ère Halilhodžić : La rigueur et la gestion humaine au cœur du succès

On a beaucoup reproché à Vladimir Petkovic sa froideur et son manque de connexion avec la réalité algérienne. À l’inverse, Vahid Halilhodžić, malgré sa réputation d’homme rigide, avait su créer une union sacrée autour de lui. Quel était son secret ?

La gestion humaine est capitale, en particulier avec les nouvelles générations. Elle permet d’établir un dialogue sincère. Durant les trois années où j’ai épaulé Vahid, mon rôle consistait très souvent à aller discuter avec les joueurs en soirée pour recueillir leur ressenti. Je prenais la température sur l’intensité des séances d’entraînement, sur leur état physique et mental. Je lui rédigeais ensuite des rapports détaillés pour qu’il puisse adapter son management. Cela prouve à quel point, malgré son image extérieure, il se souciait de ses hommes.

On associe aussi l’ère Halilhodžić à une méritocratie absolue, où les statuts n’existaient pas.

Tout à fait. C’était une question d’exigence, de professionnalisme et surtout de rigueur. À notre arrivée en 2011, nous avons réuni les joueurs pour poser les bases : nous leur avons dit que le chemin serait difficile et qu’ils devaient prouver leur valeur en permanence. Ils ont adhéré au projet. C’est grâce à cette rigueur que nous avons progressé. N’oublions pas qu’au début, nous avons été éliminés dès le premier tour de la CAN parce que l’équipe était encore en chantier. Mais le projet était cohérent, solide et basé sur le travail. Il n’y a pas de miracle dans le football.

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IV. Les clés pour l’avenir

En somme, la solution pour le football algérien ne réside pas uniquement dans le nom du futur sélectionneur ?

Exactement. Il n’existe pas de formule magique. La seule voie possible est celle des compétences et de la formation à tous les échelons. On ne peut pas brûler les étapes. Un ancien joueur ne peut pas s’improviser entraîneur de haut niveau sans en posséder les clés tactiques et méthodologiques. Nous devrions nous inspirer de modèles d’excellence comme Clairefontaine en France. Le salut de notre football passera par une restructuration profonde de notre formation.

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L’avis de la rédaction

Pourquoi l’Algérie a-t-elle encore échoué ? À travers cette interview accordée à Africafoot, Nourredine Kourichi met le doigt là où ça fait mal. L’ancien adjoint de Vahid Halilhodžić ne se contente pas de critiquer les choix tactiques de Vladimir Petkovic. Il nous rappelle une vérité toute simple : pour gagner, il faut du travail et de la discipline, mais surtout de la gestion humaine.

Ses révélations sur les coulisses du Mondial 2014 montrent bien ce qui nous manque aujourd’hui : un vrai dialogue et une complicité avec les joueurs. Son message est, en fait, on ne peut plus clair. Le débat sur l’identité du prochain coach, qu’il soit local ou étranger, est un faux problème. La vraie priorité pour les Fennecs, c’est de former nos propres talents et nos entraîneurs directement au pays. Sans cela, on continuera d’attendre des miracles individuels au lieu de bâtir une vraie équipe.

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