L’équipe nationale marocaine n’aborde plus les phases finales de la Coupe du monde dans la peau d’un simple invité cherchant à honorer sa participation ou à créer une surprise passagère. Depuis l’exploit historique réalisé par les Lions de l’Atlas lors du Mondial 2022 au Qatar, avec une qualification en demi-finale pour la première fois de l’histoire du football africain et arabe, le regard du monde sur la sélection marocaine a changé, tout comme le niveau des attentes et des ambitions à l’approche de l’édition 2026 organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Entre la volonté de préserver les acquis historiques du Mondial qatari et celle de démontrer que cet exploit n’était pas une simple exception, le Maroc s’apprête à relever un nouveau défi au sein d’un groupe composé du Brésil, de l’Écosse et d’Haïti, dans une édition qui s’annonce comme la plus complexe de l’histoire de la Coupe du monde en raison du nouveau format et de l’élargissement de la compétition.
Valeur des effectifs au Mondial 2026 : où se situe réellement l’Afrique dans l’économie du football mondial ?
Dans ce contexte, l’ancien international marocain et l’une des plus grandes figures du football national, Mustapha Hadji, a accordé un long entretien à Africafoot. Il y évoque les chances du Maroc lors de la Coupe du monde 2026, les changements qu’a connus la sélection nationale, les défis qui attendent les Lions de l’Atlas, tout en livrant son analyse de la confrontation attendue face au Brésil et en revenant sur la présence de son frère Youssouf Hadji au sein du staff technique marocain.
Tout le monde veut battre le Maroc
Mustapha Hadji a commencé son intervention en soulignant que le Maroc est désormais devenu une cible pour toutes les grandes sélections après son parcours historique au Qatar.
Abdelhadi Sektioui : « Le Maroc doit répondre à la démonstration du Brésil par une victoire convaincante »
Il a déclaré :
Inchallah, nous espérons tous le meilleur comme n’importe quel citoyen marocain. Mais le problème aujourd’hui, c’est que tout le monde attend le Maroc et veut nous battre. Le résultat historique obtenu lors de la Coupe du monde 2022 ne laisse aucun répit aux joueurs. Désormais, chaque équipe qui nous affronte, que ce soit le Brésil, l’Argentine, l’Allemagne ou la France, entre sur le terrain avec l’objectif de faire tomber le Maroc. Cela rend la mission difficile, aussi bien sur le plan tactique que psychologique.
Il a ajouté :
Nous sommes derrière cette équipe et nous soutiendrons tous les joueurs appelés en sélection. Le véritable problème est que tout le monde veut désormais battre le Maroc, ce qui complique les choses. Par le passé, nous n’attendions pas un tel niveau de notre sélection, mais le Maroc a énormément progressé, et ses joueurs évoluent aujourd’hui à un très haut niveau. Désormais, toutes les grandes nations du football mondial veulent battre le Maroc.
Hadji a également insisté sur le fait que la sélection marocaine bénéficie aujourd’hui d’un immense respect à l’échelle internationale grâce aux résultats obtenus ces dernières années. Selon lui, le véritable défi consiste désormais à gérer le poids des attentes qui entourent l’équipe avant le début de la compétition.
Une phase de transition et d’importants changements au sein de la sélection
Mustapha Hadji s’est également arrêté sur les nombreux changements qu’a connus la sélection marocaine ces derniers mois, tant au niveau du staff technique que de l’effectif :
Si Youssouf Hadji a rejoint le staff technique, je lui souhaite ainsi qu’à Mohamed Ouahbi beaucoup de réussite afin d’obtenir des résultats à la hauteur des attentes. Mais il ne faut pas oublier la réalité des nombreux changements qu’a connus l’équipe nationale. Des cadres sont partis comme Hakim Ziyech et Sofiane Boufal, tandis que le capitaine Romain Saïss revient de blessure et a besoin de temps pour retrouver son meilleur niveau.
Il poursuit :
Mohamed Ouahbi n’est pas moins compétent que Walid Regragui, et je lui souhaite de réussir un parcours similaire à celui réalisé lors du Mondial qatari. Le plus grand défi auquel il sera confronté concerne le nombre important de changements intervenus au sein de la sélection par rapport aux années précédentes. Nous ressentons également l’absence de joueurs du calibre de Hakim Ziyech, Sofiane Boufal et Romain Saïss.
Les joueurs africains qui ont marqué l’histoire de la Coupe du monde
Évoquant ensuite l’état physique de certains cadres, il explique :
Ce qui m’inquiète, c’est la situation d’Achraf Hakimi. Même s’il joue régulièrement et dispute des rencontres de haut niveau, je pense qu’il n’est pas encore à 100 % de ses capacités physiques. Il doit retrouver toute son énergie avant le début de la compétition.
« Nous sommes devenus une famille » : Achraf Hakimi évoque son exploit historique, Luis Enrique et le Mondial 2026
Pas le moment de polémiquer sur les choix
Mustapha Hadji refuse également d’entrer dans le débat concernant les joueurs retenus ou écartés de la liste finale du Maroc, estimant que le moment exige l’unité autour de l’équipe nationale. Il affirme :
Je soutiens tous les joueurs et je souhaite le meilleur à l’équipe nationale marocaine. Je ne veux pas entrer dans les discussions concernant ceux qui sont présents ou absents. Il faut tourner la page de ce débat, car il ne sert plus à rien à moins d’une semaine du match contre le Brésil. Aujourd’hui, il faut soutenir les joueurs. L’analyse et les discussions viendront après la Coupe du monde.
Coupe du monde 2026 : Maroc – liste, calendrier, analyse et joueurs à suivre
Le Brésil doit aussi se méfier du Maroc
Interrogé sur le premier match face au Brésil, Mustapha Hadji s’est montré particulièrement confiant quant à la capacité du Maroc à rivaliser avec la Seleção :
Le premier match contre le Brésil sera évidemment compliqué. Le Brésil reste le Brésil. Mais cette équipe n’est plus celle de 1998 ou de 2000 que nous avons affrontée. À notre époque, ils possédaient une équipe terrifiante avec les meilleurs joueurs du monde à chaque poste.
Aujourd’hui, malgré leur vitesse, la présence d’un grand entraîneur et le retour de Neymar, le Maroc possède les armes nécessaires pour leur répondre sur le terrain. Je suis optimiste quant à l’obtention d’un résultat positif.
Il ajoute :
Voir le Maroc dans le même groupe que le Brésil est une excellente chose. Aujourd’hui, c’est au Brésil de se méfier de son principal rival dans ce groupe, car de nombreuses sélections sud-américaines ne bénéficient plus de l’aura qu’elles avaient dans les années 1990 et au début des années 2000.
Coupe du monde 2026 : diffusion TV et streaming, le programme complet jour par jour
Mustapha Hadji poursuit :
Le match contre le Brésil sera difficile pour la sélection brésilienne également, pas seulement pour le Maroc. La Seleção n’est plus cette équipe qui terrorisait ses adversaires dans les années 1980, 1990 et au début des années 2000. Malgré la difficulté de cette rencontre, je prévois soit une victoire du Maroc, soit un match nul.
Il insiste également sur la nécessité d’aborder le tournoi étape par étape :
Inchallah, pourquoi ne pas répéter l’exploit du Qatar ? Mais nous devons prendre cette compétition match après match et éviter tout calcul prématuré. Les joueurs doivent gérer leurs efforts physiques avec intelligence et entrer dans chaque rencontre avec l’ambition de gagner.
Youssef Hadji dans le staff technique : une fierté familiale
En conclusion de cette première partie, Mustapha Hadji a exprimé sa grande fierté de voir son frère Youssouf Hadji intégrer l’encadrement technique de la sélection marocaine :
C’est un immense honneur pour Youssouf occuper un poste aussi important. Il a énormément travaillé et fourni beaucoup d’efforts pour mériter cette place. Chaque entraîneur ou ancien joueur rêve d’atteindre un tel niveau mondial, et je suis très fier de mon petit frère.
Il conclut :
Je n’interviens jamais dans son travail, exactement comme lorsque lui était joueur. Youssouf est une personne mature, réfléchie et parfaitement consciente de ce qu’il fait. S’il a besoin d’un conseil ou d’un avis, il m’appellera certainement. Mais je ne m’impose jamais à lui. Je pense même, en toute sincérité, qu’il est meilleur que moi dans son domaine technique et d’entraîneur.
Coupe du monde 2026 : la liste audacieuse de Mohamed Ouahbi divise déjà
Mustapha Hadji ne s’est pas limité à analyser les chances de la sélection marocaine. Il a élargi le débat à la participation africaine à la Coupe du monde 2026, estimant que le continent africain se trouve devant une opportunité sans précédent de traduire les progrès réalisés ces dernières années en résultats concrets sur la plus grande scène du football mondial.
Hadji a déclaré :
La Coupe du monde 2026 débutera en Amérique du Nord sous un format organisationnel inédit et avec une participation historique de l’Afrique, représentée par neuf sélections. Ces équipes aborderont la compétition armées d’une maturité tactique sans précédent et d’un élan psychologique né de l’épopée du Qatar 2022. Toutefois, cette édition, avec son format élargi et les immenses distances entre les villes hôtes, ne fera aucun cadeau au simple talent individuel. La loi implacable du tournoi impose la stabilité technique, la profondeur du banc de touche et la capacité à gérer la fatigue physique et mentale dans ce qui sera le plus long marathon footballistique de l’histoire.
Il a ajouté :
Si l’on observe la carte actuelle du football africain, on constate que les défis et les espoirs se répartissent entre deux écoles : le réalisme tactique rigoureux de l’Afrique du Nord et la puissance athlétique développée des sélections de l’Ouest et du Sud du continent.
Concernant les sélections nord-africaines, Hadji estime que le Maroc abordera la compétition avec le poids de l’exploit historique réalisé au Qatar, étant désormais devenu une cible privilégiée pour les plus grandes nations du football mondial. Selon lui, le principal défi sera de préserver l’identité compétitive acquise au cours des dernières années.
Il considère également que l’Égypte vit une étape charnière sous la conduite de Mohamed Salah, avec l’ambition de mettre fin à ses difficultés historiques en Coupe du monde et de réaliser un parcours à la hauteur de la valeur de sa génération actuelle. Quant à l’Algérie, il la décrit comme l’une des sélections africaines les mieux armées pour aller loin dans la compétition grâce à l’équilibre entre expérience et jeunesse au sein de son effectif.
Les plus grandes victoires africaines en Coupe du monde
Concernant la Tunisie, il la présente comme un modèle de discipline tactique sur le continent, capable de rivaliser défensivement avec les grandes nations. Selon lui, l’amélioration de l’efficacité offensive demeure toutefois la clé pour permettre aux Aigles de Carthage de réaliser une campagne exceptionnelle.
En évoquant les sélections d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, Hadji place le Sénégal parmi les principaux candidats pour réaliser un grand parcours lors du tournoi, en raison de sa remarquable stabilité sur les plans technique et humain, ainsi que de la présence de nombreux joueurs expérimentés évoluant au plus haut niveau mondial.
Il salue également les chances de la Côte d’Ivoire, estimant que son récent sacre continental lui a apporté une confiance supplémentaire, en plus de la qualité technique dont elle dispose dans toutes les lignes. Quant au Ghana, il considère que ses jeunes talents et sa vitesse d’exécution peuvent lui permettre de créer la surprise, à condition de mieux gérer ses grandes rencontres sur le plan tactique.
Hadji s’est aussi arrêté sur l’Afrique du Sud, qu’il décrit comme l’une des sélections les plus cohérentes du continent grâce à sa forte culture collective et à l’excellente coordination de ses joueurs sur le terrain. Il a également mis en avant le Cap-Vert, qui continue de s’affirmer comme l’une des équipes capables de déjouer les pronostics et de bouleverser les hiérarchies établies.
« Le Maroc a changé de dimension » : Badou Zaki analyse les chances du Maroc au Mondial 2026
Il a conclu cette partie de son analyse par un message particulièrement optimiste concernant l’avenir du football africain en Coupe du monde :
Au regard des données techniques actuelles, l’Afrique ne se contentera pas d’une simple présence symbolique lors du Mondial 2026. Je considère comme tout à fait réaliste de voir quatre ou cinq sélections africaines atteindre les phases à élimination directe. Les équipes africaines possèdent aujourd’hui les qualités techniques et la force mentale nécessaires pour rivaliser avec les plus grandes nations. Mais le succès dépendra toujours de la stabilité technique, de la bonne gestion des efforts et de la capacité à éviter les blessures. L’Afrique ne rêve plus de miracles, elle les construit désormais sur le terrain.
Après cette analyse globale des chances africaines, Mustapha Hadji est revenu sur la sélection marocaine et sur son affrontement très attendu face au Brésil, qu’il considère comme une étape déterminante dans le parcours des Lions de l’Atlas lors de cette prochaine Coupe du monde.
Belkhader appelle à l’unité derrière les Lions de l’Atlas
Le Maroc poursuit ainsi sa préparation pour le Mondial 2026 dans un contexte de fortes attentes populaires et avec l’ambition de continuer à écrire l’histoire. Pour Mustapha Hadji, l’exploit réalisé au Qatar a offert aux Lions de l’Atlas un nouveau statut sur la scène internationale, mais il leur a également conféré une responsabilité plus grande encore, puisque battre le Maroc est désormais devenu un objectif affiché par les plus grandes sélections du monde.
Entre la pression des attentes et la confiance portée par une nouvelle génération de joueurs, le défi consiste désormais à démontrer que l’épopée du Qatar n’était pas la fin de l’histoire, mais bien le début d’un nouveau chapitre de la présence marocaine au plus haut niveau du football mondial.




