L’élimination du Maroc en Coupe du monde face à la France a laissé un goût amer chez les supporters des Lions de l’Atlas. Après un parcours marqué par des performances historiques et une capacité à rivaliser avec les plus grandes nations, la sélection marocaine a livré une prestation en dessous de ses standards lors de cette confrontation décisive.
Face aux Bleus, les Lions de l’Atlas n’ont pas retrouvé l’intensité, l’organisation collective et la maîtrise qui avaient fait leur force lors des précédentes rencontres. Une sortie de route qui soulève plusieurs interrogations autour des choix tactiques, de la gestion de l’effectif et de l’équilibre général de l’équipe.
Pour analyser les détails techniques et les raisons de cette élimination, Africafoot a sollicité l’ancien international marocain et entraîneur Faouzi Jamal, qui livre une lecture détaillée de cette rencontre, en revenant notamment sur les choix effectués au niveau de la composition d’équipe, du positionnement des joueurs et de l’animation offensive :
Le Maroc a manqué de repères avec des choix qui ont perturbé l’équilibre collectif.
Coupe du monde 2026 : La France stoppe le Maroc et rejoint le dernier carré
Dans son analyse initiale, Faouzi Jamal estime que la principale difficulté du Maroc face à la France réside dans certains choix de départ qui, selon lui, ont affecté les automatismes habituels de l’équipe.
Il explique :
Le Maroc est entré dans cette rencontre avec des options qui manquaient, à mon sens, de réalisme. Quand vous êtes obligé de repositionner un joueur comme Noussair Mazraoui dans l’axe de la défense, vous le sortez de sa zone de confort et vous perdez certaines de ses qualités naturelles sur le côté. Cela peut également avoir un impact sur l’équilibre défensif général de l’équipe.
Pour l’ancien technicien, l’utilisation d’Anass Salah-Eddine dans le couloir gauche représentait également un défi important face à une équipe française disposant d’énormes qualités offensives.
Fouzi Jamal analyse :
Placer un jeune joueur dans un rôle aussi exposé face à des joueurs comme Ousmane Dembélé ou Kylian Mbappé représente une responsabilité très importante. Dans ce genre de match, chaque détail compte, et les adversaires savent immédiatement exploiter la moindre hésitation.
Selon lui, la difficulté du Maroc a également été accentuée par l’absence de certains profils capables d’apporter davantage de solutions dans les phases offensives.
Paris gagnants à 9 : Le Maroc éliminé de la Coupe du monde 2026
L’absence de Saibari et le débat autour de l’animation offensive
L’ancien entraîneur revient également sur l’impact de l’absence d’Ismael Saibari, considéré comme un élément important dans la connexion entre le milieu de terrain et l’attaque.
Il estime :
L’absence d’Ismaël Saibari a laissé un vide important dans la création et dans le lien entre les lignes. C’est un joueur capable de casser des lignes, de porter le ballon et d’apporter de la verticalité. Le Maroc a eu des difficultés à trouver ce relais face à une équipe française très compacte.
Faouzi Jamal soulève également la question de l’utilisation de Brahim Diaz dans un rôle plus avancé :
Brahim Diaz possède des qualités exceptionnelles lorsqu’il évolue entre les lignes, lorsqu’il peut recevoir le ballon face au jeu et venir de derrière. Lorsqu’il est utilisé comme avant-centre, une partie de ses qualités est forcément moins exploitée. Il perd cette liberté qui lui permet de faire des différences.
Coupe du monde 2026 : Expertise d’Africafoot sur le choc France vs Maroc
Une situation qui pose, selon lui, la question du choix d’un véritable attaquant de pointe :
On peut également se demander pourquoi un profil comme celui d’Ayoub El Kaabi n’a pas été davantage utilisé dans une rencontre où le Maroc avait besoin d’un joueur capable de fixer les défenseurs centraux et d’occuper la surface.
L’ancien coach estime enfin que la gestion de la liste des joueurs peut également être analysée après coup :
La présence d’un défenseur comme Redouane Halhal dans la liste pouvait avoir son importance dans un contexte où l’équipe rencontrait des difficultés défensives. Dans un tournoi de très haut niveau, chaque profil peut devenir déterminant selon les circonstances.
Top & Flop : les joueurs qui ont marqué le match selon Faouzi Jamal
Au-delà de l’analyse collective, Faouzi Jamal a également livré son appréciation individuelle des joueurs marocains, en s’appuyant sur la prestation observée sur le terrain ainsi que sur les données statistiques disponibles.
Les Tops
Yassine Bounou : le dernier rempart des Lions
Yassine Bounou apparaît comme l’une des grandes satisfactions marocaines de cette rencontre. Le gardien des Lions de l’Atlas a multiplié les interventions importantes face aux offensives françaises, notamment devant les accélérations de Dembélé et Mbappé.
Faouzi Jamal souligne :
Bounou a maintenu le Maroc dans le match. Sans ses arrêts, l’écart aurait pu être beaucoup plus important.
Sa prestation confirme une nouvelle fois son importance dans les grands rendez-vous internationaux.
Philippe Doucet refroidit l’enthousiasme autour des sélections africaines : « L’Afrique n’a pas progressé »
Bilal El Khannouss : l’un des rares à chercher des solutions
Bilal El Khannouss fait partie des joueurs ayant tenté de créer du danger malgré les difficultés collectives. Le milieu offensif marocain a essayé de connecter les différents secteurs du jeu en cherchant régulièrement à jouer vers l’avant malgré le pressing et le bloc français.
Faouzi Jamal analyse :
El Khannouss a montré de la personnalité. Il a essayé de proposer des solutions et de casser les lignes, même dans un contexte très compliqué.
Les Flops : des cadres en difficulté et un équilibre collectif fragilisé
Nayel El Aynaoui : un combat difficile au milieu
Aux côtés de Bilal El Khannouss, Nayel El Aynaoui a tenté de répondre au défi physique imposé par l’entrejeu français. Dans une zone où les Bleus ont affiché beaucoup d’impact avec des joueurs comme Adrien Rabiot ou Manu Koné, le milieu marocain a dû livrer un véritable combat.
Pour Faouzi Jamal, son engagement et sa disponibilité ne peuvent pas être remis en cause, mais le contexte de la rencontre a limité son influence.
Il explique :
El Aynaoui a essayé de répondre dans les duels et dans le pressing. Il a montré de la maturité dans la récupération, mais le Maroc a souffert collectivement dans cette zone du terrain. Lorsque l’équipe manque de maîtrise avec le ballon, les milieux sont forcément davantage exposés.
L’ancien technicien souligne également les difficultés d’Azzedine Ounahi, qui n’a pas réussi à retrouver l’impact qui avait marqué ses grandes prestations précédentes avec la sélection :
Ounahi a essayé de conserver le ballon et de sortir de la pression grâce à sa qualité technique, mais il a été difficile pour lui d’exister face à un milieu français très agressif dans le pressing.
Les joueurs en difficulté : Mazraoui, Bouaddi et Hakimi pointés du doigt
Noussair Mazraoui, victime d’un repositionnement délicat
Parmi les joueurs les plus touchés par les choix tactiques figure Noussair Mazraoui. Habituellement utilisé dans un rôle de latéral où il peut exprimer ses qualités techniques et sa capacité à participer à la construction, le joueur s’est retrouvé dans une position différente face à la France.
Selon Faouzi Jamal, ce changement a forcément influencé son rendement :
Mazraoui est un joueur qui a besoin de repères. Lorsqu’on le place dans l’axe de la défense dans une rencontre de cette intensité, il doit gérer des situations différentes, avec des déplacements, des couvertures et des responsabilités qui ne sont pas forcément celles de son poste habituel.
Le technicien estime que cette adaptation a également eu des conséquences sur l’organisation générale :
Dans un match de Coupe du monde face à une équipe comme la France, chaque changement de rôle peut avoir un impact. Le problème n’est pas seulement individuel, c’est aussi une question d’automatismes collectifs.
Ayyoub Bouaddi, une soirée compliquée face à l’intensité française
Après avoir montré de belles choses lors des précédentes rencontres, Ayyoub Bouaddi n’a pas réussi à peser autant dans ce rendez-vous face aux Bleus.
Opposé à un milieu français très intense, le jeune joueur a éprouvé des difficultés à imposer son rythme et à trouver des solutions sous pression.
Faouzi Jamal analyse :
Bouaddi a été confronté à un contexte très exigeant. Face à des milieux comme Rabiot et Koné, il fallait être capable de jouer très vite, de résister au pressing et de prendre les bonnes décisions dans les petits espaces.
Selon lui, cette rencontre doit également servir d’expérience pour la suite :
Ce sont des matches qui permettent aux jeunes joueurs de progresser. Le haut niveau international demande une capacité d’adaptation permanente.
Achraf Hakimi, un leader en difficulté dans un match sans marge d’erreur
Symbole de cette génération marocaine et l’un des cadres majeurs des Lions de l’Atlas, Achraf Hakimi n’a pas livré sa meilleure prestation dans cette demi-finale.
Habituellement capable de faire basculer un match grâce à ses projections offensives et sa vitesse, le latéral droit a été davantage contenu par le dispositif français.
Faouzi Jamal estime :
Hakimi reste un joueur exceptionnel, mais même les grands joueurs peuvent être limités lorsque le contexte collectif n’est pas favorable. Il a manqué d’espaces pour exprimer ses qualités offensives et il a dû gérer une forte pression défensive.
L’ancien international considère néanmoins que le rendement d’un joueur dépend aussi de l’équilibre global de l’équipe :
Un latéral offensif a besoin d’être accompagné. Lorsque les connexions autour de lui sont moins efficaces, son influence diminue automatiquement.
Une élimination qui doit servir de référence pour progresser
Pour Faouzi Jamal, cette élimination face à la France doit être analysée avec recul. Le parcours du Maroc dans cette Coupe du monde reste historique, mais les grands rendez-vous exigent une précision maximale dans les choix et dans la préparation.
Les grandes compétitions ne laissent pas beaucoup de place à l’improvisation. À ce niveau, chaque décision compte : la composition, le positionnement des joueurs, la gestion des absences et les changements effectués pendant le match.
Selon lui, la France a parfaitement exploité les moindres déséquilibres laissés par le Maroc :
Les Bleus ont été réalistes. Ils ont su profiter des espaces et des situations favorables. Dans ce type de rencontre, une petite erreur d’organisation peut coûter très cher.
Le technicien conclut en insistant sur la nécessité pour le Maroc de continuer à progresser tout en conservant les acquis de cette génération :
Cette équipe a montré qu’elle pouvait rivaliser avec les meilleures nations du monde. Mais pour franchir un nouveau palier, il faut encore gagner en profondeur d’effectif, en variété offensive et dans la capacité à répondre aux différents scénarios d’un match.
Une analyse qui résume finalement la principale leçon de cette élimination : le Maroc possède désormais les armes pour jouer avec les grandes nations, mais au très haut niveau, la moindre hésitation tactique peut transformer une grande aventure en immense frustration.




