La liste est close, la question reste ouverte. Baghdad Bounedjah ne disputera pas le Mondial 2026 avec l’Algérie. En dévoilant sa sélection officielle, Vladimir Petkovic a enterré un espoir que beaucoup entretenaient encore. Il ne s’agit pas d’un attaquant anonyme, mais du buteur de la finale de la CAN 2019, d’un joueur qui a longtemps porté le maillot des Fennecs avant de se voir privé du plus grand rendez-vous attendu par l’Algérie depuis douze ans.
Petkovic explique… sans tout dévoiler
En conférence de presse, le sélectionneur a tenté de replacer sa décision dans un cadre général. Il a expliqué que sa liste ne reposait pas seulement sur la « convocation des meilleurs joueurs », mais sur l’alchimie collective, l’équilibre du groupe, l’état d’esprit sur et hors du terrain, et la capacité à aider l’équipe dans les moments difficiles. Sa manière de dire qu’un Mondial ne se joue pas uniquement avec des noms, mais avec un groupe capable de vivre et de travailler ensemble sous une pression prolongée.
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Interrogé spécifiquement sur Bounedjah, Petkovic a choisi un ton mesuré. Pas d’attaque ni d’allusion à une rupture complète. Il a affirmé que cela n’était « pas contre Baghdad », le qualifiant de « grand joueur » qui a beaucoup apporté à la sélection. Mais il a ajouté que sa mission l’obligeait à évaluer les joueurs dans l’instant, et que son choix allait « en faveur de ceux qui sont dans la liste ». Une formule diplomatique, mais qui n’efface pas le flou : si l’estime est toujours là, pourquoi se passer d’un tel poids ?
Comportement ou choix sportif ?
Depuis quelques jours, on murmure que son attitude lors de la dernière CAN a terni son image auprès du staff. Bounedjah n’a pas toujours caché son agacement : après le match contre le Soudan, il était furieux de ne pas avoir marqué ; après le quart de finale face au Nigeria, il a mal vécu de ne pas débuter la rencontre. Ces épisodes ont-ils suffi à l’écarter du Mondial ? C’est là que le débat commence vraiment.
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Ali Fergani, ancien capitaine des Fennecs et figure du glorieux groupe de 1982, rappelle une règle que tout entraîneur de grande compétition connaît :
Le collectif est ce qui compte le plus.
Pour lui, les qualités techniques d’un joueur ne suffisent pas si son comportement peut nuire au groupe. Mais dans le cas de Bounedjah, il ne va pas jusqu’à la condamnation ferme. Il déclare à Africafoot :
Je pense que Bounedjah méritait d’être là. Mais il n’avait pas le droit de s’énerver. C’était le choix du staff.
La colère d’un champion habitué à jouer
Fergani met le doigt sur un point sensible. Les joueurs qui ont écrit l’histoire de la sélection n’acceptent pas toujours de passer du statut de titulaire à celui de remplaçant. Ce n’est pas forcément de la rébellion, parfois c’est l’orgueil d’un compétiteur qui a toujours été au front. Il explique :
Celui qui a l’habitude de débuter, quand il se retrouve sur le banc, ça le frustre. Ensuite, c’est à lui de montrer qu’il mérite mieux.
Cette lecture apporte un peu d’équilibre au dossier. Oui, Bounedjah aurait dû mieux maîtriser ses émotions. Oui, l’entraîneur a le droit de protéger son groupe. Mais il serait excessif de réduire un attaquant à une simple phrase de colère ou à un geste mal contrôlé. Pendant toutes ses années en équipe nationale, Bounedjah n’a jamais été connu comme un joueur nuisible au vestiaire. Et c’est là que le témoignage de l’un de ses proches prend tout son sens.
Soudani défend l’homme avant le joueur
Hillel Soudani, qui a partagé le vestiaire et connaît bien son caractère, ne cache pas sa tristesse. Il confie à Africafoot :
Franchement, je suis triste pour lui. C’est un choix de l’entraîneur, je ne peux pas le critiquer. Mais vu tout ce qu’il a apporté à la sélection, j’aurais aimé le voir au Mondial. Je le lui souhaitais de tout cœur, il le méritait. C’est dommage. Je sais ce qu’il peut ressentir actuellement.
Puis il va au cœur du débat sur la personnalité de Bounedjah :
Baghdad, on le connaît. Sur le terrain, il peut parfois s’énerver, mais c’est Baghdad. C’est sa nature, mais ce n’est pas quelqu’un qui nuit au groupe. Il donne tout, il veut marquer. C’est un compétiteur, mais il ne crée pas de problèmes dans l’équipe. Il faut respecter sa personnalité.
Ces mots dressent un portrait différent : un joueur ardent, certes, mais pas un élément toxique.
L’Algérie paiera-t-elle son absence ?
Sportivement, l’absence est lourde. Karim Matmour avait déjà souligné que Bounedjah possède un profil rare dans la liste actuelle : un attaquant de fixation, qui joue dos au but, tient les défenseurs, permet au bloc de monter et libère des espaces pour ses partenaires. Dans une compétition comme le Mondial, où l’Algérie aura besoin de souffler sous pression, ce genre de détail ne s’achète pas au supermarché.
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Petkovic a fait un autre pari. Il a préféré un groupe plus en phase avec ses idées, peut-être plus réceptif à la notion de rôle à tenir. Ce choix peut s’avérer gagnant, surtout si les nouveaux attaquants font preuve de mobilité et d’efficacité. Mais si les Fennecs butent sur des défenses regroupées, ou s’ils ont besoin d’un point d’appui dans les moments chauds, le nom de Bounedjah reviendra vite sur le devant de la scène.
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Soudani a laissé une petite échappatoire :
On ne sait jamais ce qui peut arriver. Une désillusion de dernière minute pourrait l’amener à intégrer la liste.
Pour l’instant, rien ne va dans ce sens. Mais le football aime parfois écrire ses derniers chapitres à contre-courant des pronostics. Aujourd’hui, la réalité est simple et cruelle : Bounedjah n’ira pas au Mondial, et l’Algérie s’envolera pour la compétition sans l’un de ses attaquants les plus singuliers de la dernière décennie.




