De la France à la Thaïlande, en passant par la Tunisie, le Koweït, l’Algérie et l’Irak, Tarek Aggoun a multiplié les expériences à l’étranger au fil d’une carrière riche en rebondissements. À 28 ans, le défenseur algérien évolue désormais à Ratchaburi, en Thaïlande, où il dispute la Ligue des champions de l’AFC. Dans un entretien accordé à Maghreb-Foot, il revient sur son parcours, évoque les obstacles rencontrés dans plusieurs clubs et livre son analyse des difficultés défensives de la sélection algérienne.
De la formation en France aux premiers pas professionnels en Europe
Formé à l’ESTAC Troyes, Tarek Aggoun a ensuite poursuivi son apprentissage au Stade de Reims, où il a évolué jusqu’à l’équipe réserve professionnelle. Mais son parcours en France a été marqué par des difficultés extra-sportives qui l’ont conduit à tenter sa chance ailleurs en Europe. Il raconte :
J’ai débuté ma carrière à l’ESTAC Troyes, avant de rejoindre le Stade de Reims, où j’ai effectué ma formation jusqu’à l’équipe réserve professionnelle. Cependant, la situation en France est complexe, des problèmes extra-sportifs m’ont poussé à privilégier un départ vers l’Espagne, puis vers la République tchèque. Là-bas, j’ai joué pour une équipe située près de la frontière autrichienne, et j’y ai signé le premier contrat professionnel de ma carrière.
Désireux de s’imposer sur le continent européen, le défenseur a finalement décidé de changer de cap :
Je voulais rester en Europe et m’y imposer, mais vous savez que des facteurs extra-sportifs peuvent empêcher d’atteindre cet objectif. Lassé par cette situation, j’ai décidé de partir vers un pays musulman, et j’ai signé avec le club tunisien du CS Hammam-Lif.
Son aventure en Tunisie a toutefois été de courte durée. Les difficultés financières rencontrées par les clubs locaux l’ont contraint à revoir ses plans. Après un retour en République tchèque, il a rejoint le Koweït, sans parvenir à s’y installer durablement :
À cette époque, les clubs tunisiens traversaient de grandes difficultés financières, ce qui m’a poussé à retourner dans le championnat tchèque, puis à partir au Koweït. Pour être honnête, je ne sais pas trop comment mon transfert au Koweït s’est concrétisé, mais je n’y suis pas resté longtemps. C’est un championnat où évoluent principalement des joueurs en fin de carrière, ce qui m’a incité à partir rapidement.
ES Sétif et MC Oran, deux expériences marquées par des obstacles
Malgré ses nombreux déplacements, Tarek Aggoun a toujours gardé un lien avec le football algérien. Il aurait d’ailleurs pu rejoindre le championnat national bien plus tôt, alors qu’il n’avait que 18 ans :
J’étais tout près de rejoindre le MO Béjaïa à l’âge de dix-huit ans, c’était le premier club algérien à m’avoir contacté lorsqu’il a atteint la finale de la Coupe de la Confédération de la CAF, mais le destin a fait que je n’y ai finalement pas signé.
Son arrivée à l’ES Sétif est intervenue plusieurs années plus tard, lors de la première année de gestion du club par Sonelgaz. L’actuel président de la Fédération algérienne de football, Walid Sadi, a joué un rôle dans son recrutement :
Quant à mon arrivée à l’ES Sétif, cela s’est produit lors de la première année de gestion du club par la société “Sonelgaz”. L’actuel président de la FAF, Walid Sadi, est intervenu pour faciliter mon transfert. L’entraîneur Kheireddine Madoui, qui a quitté le poste avant le début de la saison, a été remplacé par Abdelkader Amrani. Ce dernier a été séduit par mes qualités, et j’ai rejoint l’équipe lors du stage de préparation à Aïn Draham, en Tunisie, où il m’a fait jouer aussi bien au milieu de terrain qu’en défense.
Malgré cette expérience dans un club historique du football algérien, l’aventure s’est achevée au bout d’une saison. L’Entente a terminé l’exercice à la quatrième place, mais le défenseur évoque une nouvelle fois des circonstances indépendantes du terrain :
Nous avons terminé la saison à la quatrième place, mais des facteurs extra-sportifs m’ont poussé à partir à l’issue de l’exercice.
Son passage au MC Oran n’a pas davantage répondu à ses attentes. Avant de rejoindre les Hamraoua, Aggoun avait pourtant été sollicité par plusieurs formations étrangères et était en discussions avancées avec la JS Kabylie :
J’avais reçu des offres du Zamalek (Égypte) et d’Al Khor (Qatar), et j’étais en négociations avancées avec la direction de la JS Kabylie lorsque le MC Oran est entré en contact avec moi. Le projet sportif de ce club m’avait séduit, mais l’équipe a été victime de facteurs extra-sportifs qui ont entravé sa réussite et m’ont poussé à partir après une seule saison.
De la Roumanie à l’Irak, avant le défi thaïlandais
Après son départ du MC Oran, Tarek Aggoun a posé ses valises en Roumanie. Un choix dicté davantage par les circonstances que par une réelle préférence, puisque le marché des transferts touchait alors à sa fin :
J’ai signé avec un club roumain par nécessité, car la période des transferts touchait à sa fin. J’ai fini par quitter ce club, je remercie d’ailleurs le président pour avoir facilité les choses, pour rejoindre le club irakien d’Al Shorta.
Cette étape lui a permis de retrouver les compétitions continentales asiatiques. Avec Al Shorta, le défenseur a notamment affronté Al Duhail, alors entraîné par Djamel Belmadi et au sein duquel évoluait l’international algérien Adil Boulbina :
J’y ai disputé des compétitions asiatiques, et nous avons affronté Al Duhail, entraîné par Djamel Belmadi et comptant dans ses rangs l’international Adil Boulbina. Nous avons réussi à les battre.
Aujourd’hui, c’est en Thaïlande que le défenseur poursuit son parcours. Recruté par Ratchaburi, il découvre un championnat qu’il juge de plus en plus compétitif, porté notamment par la présence de nombreux joueurs étrangers :
J’évolue au sein d’une équipe ambitieuse qui participe à la Ligue des champions de l’AFC. Nous affronterons le club japonais de Kyoto ce mardi. Ce championnat attire de nombreux professionnels issus de ligues majeures, comme celles de France, d’Espagne et même de Premier League. Chaque équipe a le droit d’avoir dix joueurs étrangers dans son effectif, avec la possibilité d’en aligner sept simultanément sur le terrain, ce qui a considérablement élevé le niveau du championnat.
Une sélection algérienne toujours dans un coin de sa tête
Malgré son parcours international, Tarek Aggoun n’a jamais eu l’occasion de porter le maillot de l’équipe nationale algérienne. Pourtant, il estime être passé tout près d’une convocation lorsqu’il évoluait à l’ES Sétif :
J’en ai été tout près lorsque je jouais à l’ES Sétif. Le sélectionneur Vladimir Petković était venu m’observer. J’avais réalisé une excellente saison et inscrit quatre buts, bien que je ne sois pas attaquant. J’ignore pourquoi je n’ai pas eu ma chance, peut-être que d’autres facteurs sont entrés en jeu.
L’absence de convocation n’a toutefois pas entamé son ambition. À 28 ans, le défenseur continue de travailler avec l’espoir de rejoindre un jour les Verts, tout en se concentrant sur sa progression personnelle :
Jouer pour l’équipe nationale est une fierté et un honneur pour tout joueur, et cela reste mon objectif constant. Toutefois, je cherche en permanence à progresser, à apprendre et à améliorer mes performances individuelles.
Les difficultés défensives des Verts, un problème qui dépasse les défenseurs
Au-delà de son parcours personnel, Tarek Aggoun livre une analyse des difficultés défensives récurrentes de la sélection algérienne. Pour lui, il serait réducteur de faire porter toute la responsabilité aux seuls joueurs de l’arrière-garde. Le problème serait plus profond et concernerait notamment la formation ainsi que certains choix opérés autour de la sélection :
Évoquer un problème en défense ne signifie pas que la responsabilité incombe uniquement aux défenseurs, la question est plus complexe. Je pense que les responsables du football algérien cherchent souvent à satisfaire le public et les médias, qui focalisent leur attention sur certains noms, leur offrant ainsi une chance en sélection.
Le défenseur insiste également sur les lacunes qu’il observe dans la formation des joueurs issus du championnat local, tout en prenant soin de reconnaître l’existence de réels talents en Algérie. Selon lui, la différence se joue souvent dès les catégories de jeunes, où les joueurs formés en Europe acquièrent des bases qui facilitent ensuite leur adaptation au haut niveau :
À cela s’ajoute le manque de formation adéquate des joueurs du championnat local, bien qu’il y ait des talents individuels brillants et des joueurs d’un excellent niveau. En revanche, un joueur formé en France ou dans un autre pays européen bénéficie généralement de bases solides acquises dans les catégories de jeunes, ce qui fait toute la différence en sa faveur.
À travers ce constat, Tarek Aggoun plaide pour une réflexion plus large sur les difficultés de la défense algérienne. Pour lui, la réponse ne réside pas uniquement dans le choix des défenseurs convoqués, mais aussi dans la qualité de leur formation et dans les mécanismes qui permettent aux meilleurs profils de franchir un cap.




