Cet article fait partie de notre série #TalentsAlgériens, consacrée aux 25 jeunes joueurs à suivre cette saison en Ligue 1 algérienne. Un classement forcément subjectif, qui ne repose pas uniquement sur le talent intrinsèque, mais aussi sur le potentiel, la place attendue en club et ce que la saison 2026/27 peut représenter dans leur progression. Pour ce nouvel épisode, place à Moslem Anatouf, attaquant prêté au CS Constantine.
En 2023, Moslem Anatouf n’était pas seulement l’un des visages de l’Algérie U17. Il en était le capitaine, le leader offensif et probablement le joueur le plus exposé. Lors de la CAN organisée en Algérie, l’attaquant né le 8 mai 2006 à Tindouf avait inscrit trois buts, dont un doublé contre la Somalie lors du match d’ouverture, avant de marquer également face au Congo. À ce moment-là, Anatouf semblait avoir plusieurs longueurs d’avance.
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Trois ans plus tard, la trajectoire a perdu de sa vitesse. Le potentiel n’a pas disparu, mais une grave blessure, les attentes autour de son arrivée au MC Alger, un positionnement parfois éloigné de ses qualités naturelles et un temps de jeu limité ont ralenti celui que beaucoup imaginaient déjà poursuivre rapidement sa carrière en Europe. L’été dernier, il était notamment dans le viseur du Royal Antwerp, selon des sources exclusives d’Africafoot.
Son prêt au CS Constantine arrive donc à un moment particulier. Pour la première fois depuis longtemps, Anatouf a peut-être moins besoin de confirmer une étiquette que de retrouver un chemin simple : jouer, retrouver son poste et recommencer à avancer.
Quand Anatouf était le patron de sa génération
Sofiane Benkhelifa mesure bien le décalage entre l’image du joueur en 2023 et sa situation actuelle. Éducateur et formateur passé notamment par l’USMA, l’Olympique Akbou et l’ES Sétif, il suivait déjà Anatouf lorsqu’il dominait dans les sélections de jeunes. Dans une interview exclusive accordée à Africafoot, il a confié :
Pour moi, Anatouf, je reste un peu sur ma faim. Tous les autres jeunes qu’on évoque aujourd’hui dans le championnat algérien, lui, il était presque leur patron en sélection U17. Tellement il avait de l’avance sur eux.
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Anatouf n’était pas un jeune que les techniciens espéraient voir éclore un jour. Il était déjà installé au centre du projet de sa génération.
Arezki Remmane l’avait repéré encore plus tôt. Ancien sélectionneur des U17, formateur à l’Académie de la FAF et aujourd’hui DTS de l’USMA, il se souvient de sa découverte à Tindouf en décembre 2019 :
Je l’ai détecté avec Bouziani dans la même opération de prospection. Il jouait à Tindouf. Dès la première observation, on s’est dit qu’il allait être le futur Samuel Eto’o de l’Algérie, vu sa ressemblance, son talent et son caractère.
La comparaison appartient à l’enthousiasme du formateur de l’époque, mais elle dit beaucoup de la manière dont Anatouf était perçu à seulement 13 ans. Remmane insiste d’ailleurs autant sur l’homme que sur le joueur :
Une maturité à son âge. Un leader. Je voyais en lui un futur capitaine de l’équipe en sélection. Il avait plein de talent.
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Cette maturité se retrouve aussi en dehors du terrain :
Il a réussi dans ses études. Il a eu son bac en étudiant à distance et avec une moyenne de 16. Je comptais énormément sur lui, y compris pour ses qualités morales. Un vrai modèle pour les autres.
Toujours surclassé, peut-être trop vite exposé
Cette avance a toutefois eu un revers. Anatouf a longtemps joué avec des générations plus âgées que la sienne. Les matchs se sont accumulés, parfois à un rythme très élevé. Remmane porte aujourd’hui un regard critique sur cette gestion :
Par rapport à son âge, je trouve qu’il a été surexploité. Il a toujours été surclassé et enchaînait les matchs, parfois deux par semaine. On l’a quasiment grillé par rapport à son processus de formation. Il fallait y aller doucement.
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Puis survient la blessure. Une rupture des ligaments croisés oblige Anatouf à interrompre sa progression et à passer par une longue rééducation, notamment à Aspetar. Benkhelifa estime que cet épisode a pesé lourd :
Il n’a pas été aidé par le sort. Il a eu cette blessure aux ligaments croisés et cela l’a freiné.
Mais ce n’est pas la seule explication :
Sa présentation au MCA en grande pompe n’a pas aidé non plus à évacuer cette pression, alors qu’il était encore jeune. Ceux qui ont travaillé dans l’ombre se sont illustrés, mais lui a pris du retard.
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Anatouf n’a pas nécessairement reculé. Ce sont aussi certains joueurs de sa génération qui ont continué à progresser pendant qu’il devait, lui, retrouver son corps puis réapprendre à enchaîner.
Un avant-centre qu’on a éloigné du but
À l’été 2023, le MC Alger avait pourtant réalisé un joli coup en récupérant gratuitement l’un des grands espoirs de l’Académie de la FAF et en lui faisant signer un contrat de cinq ans.
Mohamed Mekhazni, ancien DTS du MCA et ex-sélectionneur U20 algérien, se souvient d’un jeune déjà extrêmement professionnel :
Quand on l’a recruté au Mouloudia, il était parmi les jeunes les plus connus de sa génération. Un sens du professionnalisme impressionnant. Si je dois faire un classement dans ce domaine, c’est peut-être celui qui est le meilleur en termes de mentalité et de sérieux.
Et surtout :
Il est très exigeant avec lui-même, sur tous les plans. Il cherche à progresser chaque jour. Adroit devant les buts, puissant, il presse sans cesse.
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Mais pour Mekhazni, Anatouf n’a pas toujours été utilisé dans les meilleures zones :
Il n’a pas été gâté la saison dernière au MCA, car il n’a pas été mis dans les meilleures conditions. On l’a fait jouer sur les côtés, mais lui préfère l’axe de l’attaque ou le neuf et demi.
Remmane partage entièrement ce constat :
Au MCA, si on l’avait utilisé à son vrai poste, en pointe et non excentré, il aurait tiré son épingle du jeu. Car c’est un avant-centre racé.
Lors de la saison 2025/26, Anatouf a tout de même disputé onze rencontres de Ligue 1, mais pour un temps de jeu limité, avec seulement un but inscrit. Assez pour découvrir véritablement les seniors, pas assez pour retrouver la dynamique qui avait accompagné ses années U17.
Constantine pour remettre le compteur à zéro
Son passage au CS Constantine peut donc représenter beaucoup plus qu’un simple prêt. Il doit offrir à Anatouf ce qu’il lui a le plus manqué dernièrement : du temps, de la continuité et, idéalement, un rôle plus proche de ses qualités naturelles.
Benkhelifa reste prudent, mais ne doute pas de la possibilité d’un rebond :
Il a été prêté au CSC et il peut rebondir, car il a des qualités. Mais moi, je l’attendais en Europe à cet âge. Donc je suis un peu déçu.
Mekhazni se montre beaucoup plus affirmatif :
Je suis sûr qu’il va se relancer au CS Constantine. Il va arriver là où il le souhaite, car il a toujours rêvé d’une grande carrière et d’aller en Europe.
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Anatouf vient également de participer au titre de l’Algérie U21 aux Jeux méditerranéens de Tarente. Il n’y possédait plus le statut central de ses années U17, mais il est resté dans le groupe et a notamment disputé la dernière demi-heure de la finale face à la Tunisie.
À 17 ans, Anatouf était le capitaine et celui autour duquel beaucoup de choses semblaient tourner. À 20 ans, il doit accepter un autre rôle : celui d’un joueur qui doit reconstruire étape après étape.
Tous ceux qui l’ont connu insistent encore sur son sérieux, son professionnalisme et son envie de progresser. Il ne s’agit donc pas de réveiller un joueur qui se serait endormi sur son talent. Il s’agit plutôt de remettre dans le bon rythme une progression qui était peut-être partie trop vite.
Moslem Anatouf n’a plus besoin de prouver qu’il a été un prodige. À Constantine, il a besoin d’autres choses : du temps, un vrai poste, et quelques matchs d’affilée pour réapprendre à avancer.
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