Cet article fait partie de notre série #TalentsAlgériens, consacrée aux 25 jeunes joueurs à suivre cette saison en Ligue 1 algérienne. Un classement forcément subjectif, qui ne repose pas uniquement sur le talent intrinsèque, mais aussi sur le potentiel, la place attendue en club et ce que la saison 2026/27 peut représenter dans leur progression. Pour ce sixième épisode, et à la 20e place, place à Benhakim Hamouda, milieu de terrain du MC Oran.
Lorsque Aziz Lahoussine se rend à Oran pour superviser les meilleurs jeunes de l’Ouest algérien, un joueur attire immédiatement son attention. Pas par son gabarit, bien au contraire. Hamouda est encore très jeune, plutôt petit, mais le ballon semble lui obéir avec une facilité inhabituelle. Le technicien prend rapidement sa décision : ce garçon né en 2008 jouera avec la génération 2007.
#TalentsAlgériens – Abderrahmene Boungab, le talent que Sétif ne pouvait plus ignorer
Quelques années plus tard, Benhakim Hamouda est déjà sous contrat professionnel et évolue dans l’environnement de l’équipe première du MC Oran. Son ascension a été rapide, malgré des blessures qui ont parfois perturbé sa progression. Mais à ceux qui l’ont connu chez les jeunes, elle n’a rien d’une surprise.
« Petit comme ça et aussi habile ? »
Aziz Lahoussine parle de Hamouda avec une affection particulière. Ancien sélectionneur algérien U17 et formateur passé par les jeunes du MC Alger et de l’USMA, il l’avait découvert lors d’une opération de détection à Oran.
Dans un témoignage accordé à Africafoot, il se souvient encore de sa première réaction :
Benhakim, c’était ma perle. Quand j’étais parti à Oran pour détecter les joueurs de l’Ouest algérien, je l’ai vu et je me suis dit : « C’est incroyable ! Petit comme ça et aussi habile ? » Je l’ai immédiatement pris.
Lahoussine ne se contente pas de le convoquer. Hamouda est né en 2008, mais il est immédiatement surclassé avec les 2007 :
Je l’ai fait jouer titulaire avec les 2007. Il a joué contre l’Égypte, la Tunisie. Il a grandi avec moi. Et aujourd’hui, il est avec les seniors du MCO.
#TalentsAlgériens – Youcef Gherbi, le moteur discret d’Akbou
Lahoussine se souvient aussi d’un joueur déjà plus responsabilisé en club que certains de ses partenaires de sélection, une avance qui lui vaut vite de devenir l’un de ses hommes de confiance.
Au point de recevoir le brassard. Et c’est là qu’apparaît le paradoxe Hamouda :
Moi, tellement il était fort et sérieux, je lui ai donné le brassard de capitaine. Mais un autre coach aurait pu dire qu’il n’a pas le profil d’un capitaine, car c’est un taiseux.
Hamouda ne dirige pas par la voix. Il parle peu, reste volontiers en retrait et ne cherche pas à occuper l’espace en dehors du terrain. Avec le ballon, le personnage change complètement.
Un numéro 8 qui traverse le terrain
Les techniciens qui l’ont suivi convergent sur un point : Hamouda est difficile à enfermer dans une fonction unique. Lahoussine ne le considère ni comme un pur récupérateur ni comme un numéro 10 classique :
C’est peut-être le meilleur relayeur algérien de sa génération. Ce n’est ni un récupérateur à 100 %, ni un meneur de jeu à 100 %. Un numéro 8 à l’ancienne. En Angleterre, on dirait que c’est un box-to-box.
Son ancien sélectionneur décrit un joueur capable de couvrir une grande partie du terrain sans se débarrasser de ses responsabilités défensives :
Il parcourt tout le temps cette distance de 80 mètres entre une surface et l’autre. Il peut éliminer deux ou trois joueurs et faire ensuite de bonnes passes. Il sait bien centrer aussi, tirer au but et il cadre bien.
#TalentsAlgériens – Slimane Tichtich, l’ailier qui doit transformer sa vitesse
Bachir Mecheri apporte une description très proche. Ancien entraîneur des jeunes du MC Oran, qui récupérait notamment Hamouda avec les U21 lorsque celui-ci n’était pas utilisé chez les professionnels, il insiste sur sa capacité à faire avancer le jeu :
Très actif sur la pelouse. Une bonne vision de jeu, il a de la verticalité dans son jeu. Il lui arrive de porter le ballon, mais il est efficace quand il le fait.
Mecheri précise ce que cette conduite de balle apporte concrètement à l’équipe :
Des fois, il en faut quelqu’un comme ça, qui crée la différence individuellement quand c’est serré et qu’il n’y a pas trop d’espaces. Lui, il les libère. Il oriente bien le jeu des siens. Il aimante les ballons et essaye de bien alimenter les attaquants.
Et lorsqu’il faut repartir dans l’autre sens, Hamouda ne disparaît pas. Mecheri poursuit auprès d’Africafoot :
Même dans les transitions défensives, on le voit revenir et apporter sa contribution.
Sofiane Benkhelifa, éducateur et formateur passé notamment par l’USMA, l’Olympique Akbou et l’ES Sétif, utilise une image encore plus simple pour résumer son activité :
C’est une fourmi. Excellent. Lucide dans le jeu, intelligent. Il joue toujours vers l’avant.
Au point de regretter de ne pas avoir pu l’attirer ailleurs :
J’aurais aimé le faire venir à l’USMA.
#TalentsAlgériens – Yacine Goudjil, une ascension à relancer au MCO
Le MC Oran avait, lui, pris suffisamment tôt la mesure de son potentiel en lui faisant signer un contrat professionnel alors qu’il évoluait encore chez les cadets.
Le talent est visible, la voix beaucoup moins
À force de parler de sa qualité technique, Lahoussine finit lui aussi par évoquer une comparaison qui accompagne parfois Hamouda : Luka Modric.
Il ne s’agit évidemment pas de placer un joueur de 18 ans au niveau du Ballon d’Or croate. La référence porte sur certaines attitudes de milieu relayeur et notamment sur sa frappe. Il explique :
Comme Luka Modric, à qui on le compare, tous ses buts sont de l’extérieur de la surface.
Sur le plan footballistique, Lahoussine trouve d’ailleurs relativement peu de lacunes importantes à son ancien capitaine, citant essentiellement le jeu de tête parmi les éléments perfectibles.
Son principal chantier est ailleurs :
Il ne parle pas. Il est un peu renfermé sur lui-même. Ce n’est pas un leader par la parole. Il doit s’affirmer un peu plus, car ça le bloque un peu.
Les joueurs seniors qui le voient le respectent au vu de ses qualités avec le ballon. Donc il n’a pas à être intimidé. S’il n’y avait pas ce talent, il passerait inaperçu à cause de sa timidité.
#TalentsAlgériens – Abdelaziz Kahia, le milieu qui voit le jeu avant les autres
Le constat ne concerne pas son investissement. Lahoussine décrit au contraire un joueur qui ne s’est jamais servi de son talent comme d’une excuse pour économiser les efforts :
Il n’est pas de ceux qui disent : « Je suis un grand talent, je n’ai pas à faire les efforts ou récupérer les ballons. » Non, il ne rechigne jamais à la tâche. Il travaille pour l’équipe.
Au MC Oran, Tahar Cherif El Ouazzani prépare justement son intégration progressive chez les seniors.
L’entraîneur du MC Oran le présente comme « un meneur de jeu plein de qualités et d’enthousiasme, intelligent dans le jeu », tout en rappelant que plusieurs blessures et rechutes ont perturbé son développement :
Il lui faut un coup de pouce avec les seniors, qu’il joue au moins 50 minutes par match. Il travaille. On essaye de le faire entrer en jeu dans des moments idéaux pour qu’il exprime bien ses qualités.
Bachir Mecheri partage cette confiance :
Cherif El Ouazzani va certainement l’utiliser, surtout s’il est dans une bonne forme.
À 18 ans, personne ne demande à Hamouda d’aller plus vite que son âge. Son parcours dit pourtant l’inverse : surclassé en sélection, capitaine parmi des joueurs plus âgés, professionnel dès les catégories de jeunes, puis intégré au groupe senior du MCO plus tôt que prévu.
Le prochain cap sera différent. Il ne suffira plus d’être le petit milieu qui étonne les formateurs dès qu’il touche le ballon. Hamouda devra prendre davantage de place au milieu de joueurs chevronnés, réclamer le ballon, assumer ses choix et progressivement faire entendre sa voix. Ou continuer à utiliser celle qu’il maîtrise déjà le mieux : son football.
Vous pouvez aussi lire le focus sur Abderrahmene Boungab, paru dans le cadre de notre série #TalentsAlgériens.




