Cet article fait partie de notre série #TalentsAlgériens, consacrée aux 25 jeunes joueurs à suivre cette saison en Ligue 1 algérienne. Un classement forcément subjectif, qui ne repose pas uniquement sur le talent intrinsèque, mais aussi sur le potentiel, la place attendue en club et ce que la saison 2026/27 peut représenter dans leur progression. Pour ce deuxième épisode, et à la 24e place, place à Abdelaziz Kahia, milieu du CR Belouizdad.
Chez certains jeunes joueurs, la première qualité saute aux yeux : la vitesse, la puissance, le dribble. Chez Abdelaziz Kahia, elle se voit davantage dans ce qui précède l’action. Né le 9 avril 2006, le milieu du CR Belouizdad semble avoir cette capacité à comprendre ce que le jeu exige avant même que la situation ne se développe complètement. À 20 ans, alors qu’il s’apprête à vivre sa deuxième saison avec l’équipe première et qu’il participe actuellement aux Jeux méditerranéens avec la sélection U21 de Brahim Hemdani, sa progression arrive à un moment important. Le talent est identifié. Reste maintenant à lui trouver une place durable dans le onze.
Kahia, un joueur qui veut comprendre pourquoi
Le Bosnien Sead Ramovic l’a observé de près lors de son passage au CR Belouizdad en 2025/26. L’ancien entraîneur du club avait ouvert la porte de l’équipe première à de nombreux jeunes en l’espace d’une saison, parmi lesquels Abdelaziz Kahia donc, mais aussi Lotfi Boussouar et Abdelmalek Kelalech. Tous n’ont pas connu la même trajectoire, mais Kahia faisait partie de ceux qui avaient obtenu du temps de jeu.
Ramovic avait une idée assez précise de son poste : un numéro 6. Il déclare :
Kahia est un joueur que j’appréciais particulièrement dans cette position à cause de sa compréhension du jeu. Ce n’est pas simplement un joueur qui occupe l’espace devant la défense. Il comprend comment donner de l’équilibre à l’équipe et comment connecter les phases défensive et offensive.
Ce qui revient le plus dans son analyse est l’intelligence tactique :
Ses principales qualités sont son intelligence tactique, sa capacité à lire le jeu et sa discipline avec et sans ballon. Il peut aider l’équipe à contrôler le rythme d’un match et donne de la sécurité aux joueurs autour de lui. Pour moi, l’une de ses qualités les plus importantes est qu’il comprend ce dont l’équipe a besoin à différents moments du match.
Une anecdote résume encore mieux ce qui intéressait Ramovic chez lui. À l’entraînement, Kahia voulait aller plus loin que simplement savoir ce qu’un coach attendait de lui :
Ce qui m’a marqué, c’est qu’il voulait comprendre pourquoi nous demandions quelque chose tactiquement, plutôt que simplement demander ce qu’il devait faire. Pour un entraîneur, c’est un signe très positif. Cela montre que le joueur essaye de comprendre le jeu, pas seulement de suivre les consignes.
C’est ce réflexe, rare à cet âge, qui explique la confiance que Ramovic a fini par lui accorder.
Un numéro 6 avec les yeux d’un numéro 10
Le plus intéressant est pourtant que tous ceux qui parlent de Kahia ne le situent pas exactement au même endroit sur le terrain.
Arafat Mezouar, ancien international algérien, figure du CRB et désormais adjoint de Nabil Maaloul, le décrit comme « un milieu relayeur, légèrement avancé ». Pour lui, les qualités techniques du jeune joueur ne font pas vraiment débat :
Bon joueur, discipliné. Une qualité technique individuelle extraordinaire. C’est un milieu relayeur, légèrement avancé. Maintenant, il doit confirmer avec le travail.
Ishak Ali Moussa, qui l’a dirigé chez les U20 du CR Belouizdad, le propulse encore plus loin vers l’avant :
Sur le plan technique, il est formidable. C’est un meneur de jeu. Un vrai numéro 10 à l’ancienne, qui peut être dangereux devant. Il sait quand accélérer, quand temporiser.
Numéro 6 pour Ramovic, relayeur pour Mezouar, numéro 10 pour Ali Moussa : trois étiquettes, mais un point commun qui traverse les trois témoignages. Le terrain occupé ne suffit pas à décrire Kahia. Sa principale richesse se situe dans sa capacité à lire les situations, orienter le jeu et choisir le rythme.
Abdelkader Bouchaala, ex-entraîneur des jeunes au CRB et aujourd’hui au MC Alger, insiste lui aussi sur cette qualité :
Il a une vraie intelligence et une vraie maîtrise. Il joue toujours vers l’avant et est bon des deux pieds. Et il garde la tête haute en conduisant le ballon, en participant même aux actions offensives. Ce genre de milieux, il n’y en a plus beaucoup. Un profil très rare.
Cette faculté à jouer vers l’avant sans perdre la maîtrise du ballon explique pourquoi plusieurs de ses anciens éducateurs voient en lui autre chose qu’un simple milieu de conservation.
Le formateur Sofiane Benkhelifa, passé notamment par l’USM Alger et qui connaît très bien les pépites du football algérien, le résume à sa manière :
Très bon joueur, milieu de terrain, avec une bonne intelligence de jeu. Il a fait ses classes au CRB et en équipe nationale jeune, et peut jouer dans n’importe quel club algérien. C’est un top joueur.
@akselnumide1
#TalentsAlgériens – Yacine Goudjil, une ascension à relancer au MCO
Le véritable défi : obtenir des matchs
La question autour de Kahia ne porte donc plus vraiment sur la reconnaissance de ses qualités. Tous les témoignages convergent sur son intelligence, sa maîtrise technique et sa discipline.
Le problème se situe ailleurs : jouer.
Benkhelifa estime que Kahia a surtout eu « le malheur d’être tombé dans une équipe où il y avait de la concurrence ». Au CRB, où l’exigence immédiate laisse rarement beaucoup de temps aux joueurs en développement, il n’est jamais évident pour un jeune milieu de s’imposer durablement dans la rotation.
Bouchaala va plus loin :
Il aurait dû jouer plus en fin de saison dernière, comme ça il aurait été paré pour la saison en cours. Mais dans ces clubs, on ne fait pas trop confiance aux jeunes. Ces joueurs-là, il faut juste leur donner un tout petit peu de temps de jeu, pas beaucoup, et ils sauront saisir l’opportunité.
Il révèle même que Mounir Zeghdoud s’était renseigné à son sujet du côté de Ben Aknoun et estime qu’un prêt pourrait représenter une solution :
Si ça ne tenait qu’à moi, il devrait se relancer ailleurs. Un prêt cette saison serait idéal pour lui.
Ali Moussa arrive pratiquement à la même conclusion :
La marge de progression reste intéressante, et elle réside surtout dans l’acquisition du temps de jeu. S’il joue un, deux ou trois matches de suite, il peut se lancer. Car les qualités techniques, il les a.
Ramovic, lui, situe aussi la progression attendue dans la prise de responsabilité :
La prochaine étape pour Kahia est de devenir encore plus influent avec le ballon. Il a la compréhension nécessaire pour jouer à ce poste, mais j’aimerais le voir demander encore davantage le ballon et prendre plus de responsabilités dans la progression du jeu.
L’ancien coach du CRB identifie également un axe physique : davantage d’intensité dans les transitions, un point déterminant pour un milieu moderne appelé à couvrir beaucoup de terrain lorsque la possession change de camp.
À 20 ans, Kahia possède donc déjà une partie de ce qui ne s’enseigne pas facilement : la lecture du jeu, le calme, le sens du tempo. Il doit désormais acquérir ce qui ne vient qu’en jouant.
Sa deuxième saison avec les seniors du CR Belouizdad doit dire s’il peut franchir ce cap. Le débat sur son poste exact restera ouvert tant qu’il n’aura pas eu l’occasion de le trancher lui-même, sur le terrain.
Le poste peut encore changer. Le calendrier, lui, presse : à 20 ans, Kahia n’a plus le temps d’attendre son heure sur le banc du CRB.
Vous pouvez aussi lire le focus sur Yacine Goudjil, paru dans le cadre de notre série #TalentsAlgériens.




