Ils sont incontournables dans le monde du football. Tout comme les joueurs, les clubs ou encore les dirigeants d’équipes, les agents de joueurs occupent une place importante dans la sphère footballistique mondiale.
Durant ce mois d’avril, dans notre série d’articles #ParoleAuxAgents, la rédaction d’Africafoot va vous présenter des agents qui nous parleront de leur expérience dans le domaine. C’est le cas pour ce premier numéro qui va présenter Yannick Happi, agent de joueurs camerounais basé en Tunisie. Nous avons eu la chance d’avoir un entretien exclusif avec cette personnalité très influente en Afrique.
Pouvez-vous nous parler de vous et présenter votre structure ?
Je m’appelle Happi Yannick, agent intermédiaire camerounais basé en Tunisie. Je suis également conseiller du président du CS Chebba, club de première division en Tunisie, pour le recrutement des joueurs étrangers. Actuellement, le club traverse des moments difficiles et nous sommes en deuxième division.
Mon agence s’appelle la Fondation Happi Sport ou Happi Sport Management (HSM). J’ai plusieurs joueurs sous ma charge, dont Junior Bida, qui évolue en première division tunisienne à l’US Benguerdane, Anicet Ishimwe, International rwandais à l’Olympique Béja en Tunisie, Chance Mondzenga, International congolais, en Israël à Maccabi Bnei, Terrence Tisdell, International libérien au Libyan Stadium (Libye), et Thierry Tchuente, International camerounais, en Libye.
Pouvez-vous nous parler de votre expérience ? Et des péripéties d’une signature de contrat, des négociations ou de la détection d’un joueur ?

Je suis un homme de terrain qui aime aller regarder les championnats. Après, il y a des joueurs que je fais des recherches moi-même sur Internet et j’essaie d’entrer en contact avec eux pour les convaincre de travailler avec moi. Il y a aussi des joueurs qui me contactent pour leur trouver des clubs. Il y a tout un processus à suivre.
Maintenant, s’il y a un joueur qui m’intéresse, je demande au joueur d’entrer en contact avec son président et nous discutons. Je propose un projet au club, que je trouve intéressant pour le joueur et son club. Nous nous entendons sur tout et nous discutons des détails. Après, j’engage la procédure avec mon club à l’étranger, où nous envoyons une invitation au joueur et un billet d’avion pour venir signer son contrat.
Quel transfert vous a le plus marqué ? Une anecdote si possible ?
C’était encore dans mes débuts, je ne pensais même pas faire du management. Je passais mon temps dans les cybercafés à m’amuser sur la machine, à faire des recherches. Et c’est comme ça que je cherchais des entraîneurs, des managers et autres sur le net, et je m’amusais à envoyer des joueurs comme ça à différents managers qui signaient le joueur, et je ne prenais rien, je ne demandais rien. Et c’est comme ça que je suis entré en contact avec un agent italo-sénégalais, monsieur Sobo, qui était basé en Italie.
Alors, il y a mon meilleur ami, Étienne Eto’o [Etienne Emmanuel Eto’o Fils], le petit frère de Samuel Eto’o, qui venait de finir son contrat avec Nastic Tarragona [Gimnàstic de Tarragona]. Il revenait, je pense, de la Coupe d’Afrique des nations U20 ou U23 avec des joueurs comme Charley Fomen, qui venait de signer à Marseille, Germain Tiko, qui était en Espagne avec l’Espagnol Barcelone, feu Patrick Ekeng, et bien d’autres.
C’est comme ça que, voyant mon ami qui était revenu de la compétition et sans club, je parle à l’agent du petit frère d’Eto’o, et on l’envoie en Turquie, en D2, là-bas. Il va, il met tout le monde d’accord, il va à Greuther Fürth en Allemagne, en D2, tout était OK, et le club tardait. Et puis est venue l’offre de Austria Lustenau, en D2, en Autriche, où il est allé et a signé son premier contrat professionnel.
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J’étais tellement ému et fier d’avoir participé à cela. Depuis ce temps, j’ai commencé à me mettre dans le management. Beaucoup de gens ne savent pas que c’est grâce à moi qu’il a signé ce contrat. Comme c’est le petit frère de Samuel Eto’o, tout le monde pense que c’est Eto’o qui faisait tout pour lui, mais Étienne s’est toujours battu seul et il cherchait à réussir sans l’aide de son frère.
Il y a aussi le cas de David Eto’o, qui avait décidé d’arrêter le football. Mais lors d’un match au camp TSF, il a mis tout le monde d’accord et je suis allé le voir. Je lui ai dit : « Grand frère, tu ne peux pas arrêter le football, tu as trop de talent. Laisse-moi suivre ta carrière, je peux te relancer au Cameroun. » Il ne voulait plus jouer, il voulait juste s’amuser, car il aimait bien la fête et se détendre.
J’ai pris mon téléphone et j’ai appelé le feu coach Diallo. Je lui ai dit : « Coach, David va venir s’entraîner. » Il pensait que je blaguais, mais je lui ai dit que j’étais sérieux et qu’il fallait qu’il signe. Le coach le connaissait déjà, mais il m’a dit que tout allait se passer sur le terrain.
J’ai pris mon téléphone et j’ai appelé le président Frank Happi. Lui-même ne croyait pas, mais le lendemain, à 6 heures du matin, j’étais chez David pour le réveiller pour l’entraînement. Il m’a dit qu’il ne partait pas, mais je lui ai dit que j’avais déjà averti le coach et le président, donc on l’attendait.
J’ai quitté New Bell pour Bonamoussadi tous les jours, car je savais que si je ne partais pas le chercher, il ne partirait pas. Après quelques jours d’entraînement, j’ai vu que le coach et le président ne disaient rien. J’ai dit à David : « Les gens ici ne disent rien, bon regarde comment je vais leur faire réagir et tu verras qu’on va signer ce soir. »
J’ai pris mon téléphone vers 16 heures et j’ai appelé le président d’Astres. À l’époque, c’était le fils de Kamdem qui était président. Je lui ai dit : « Écoute, j’ai le petit frère de Eto’o qui est avec moi, on fait comment ? » Il m’a dit : « Viens au bureau maintenant avec lui. » Nous sommes arrivés vers 17 heures et j’avais déjà appelé d’autres journalistes qui étaient sur place.
Le même soir, on voulait que David signe, car le président d’Astres ne voulait pas laisser l’occasion passer. David m’a tiré derrière et m’a dit : « On fait comment ? » Car l’offre était très bonne. Je lui ai dit : « Écoute, on va rentrer, mais tu vas voir que dès que les journalistes vont parler seulement de cette visite et de possible signature avec Astres, Union va nous appeler. »
J’ai dit au président d’Astres : « Écoute, demain on vient signer. » Et il a dit : « Il y a l’argent maintenant, le cash, on fait maintenant. » J’ai dit demain et en sortant de là, le président de l’Union a directement appelé et on a signé le contrat dans un bar directement car il ne voulait pas perdre de temps.
Pouvez-vous nous parler des difficultés que vous rencontrez souvent avec les joueurs africains ?
Les difficultés que nous rencontrons le plus souvent sont les suivantes : parfois, c’est de payer les billets d’avion de certains joueurs et de prendre tout en charge, et après, ils ne passent pas les tests. Il y a aussi des joueurs qui évoluent en Afrique et que nous faisons venir pour signer un contrat, mais qui échouent aux visites médicales.
Il y a aussi les déplacements où nous devons nous taper des heures de route pour aller négocier un contrat, mais qui échouent à la dernière minute. Parfois, nous rencontrons des difficultés avec les joueurs que nous invitons à rejoindre un club. Nous leur envoyons une invitation, un billet d’avion et obtenons l’accord de la famille, mais dès qu’ils reçoivent les documents nécessaires, tels que les billets de visa ou l’invitation officielle, ils cessent de répondre à nos appels. Dans certains cas, ils décident même de ne plus venir, ce qui peut nuire à notre crédibilité auprès du club.
Pouvez-vous nous parler des transferts où vous avez largement influencé ?
Parmi les transferts que j’ai participés, il y a celui de Thierry Tchuenté, qui était à Coton Sport de Garoua, pour mon club, le CS Chebba, en Tunisie. Il y a aussi Youmbi Nicanor (Jacob Nicanor Youmbi E’pandi), aujourd’hui international centrafricain, pour l’US Benguerdane, en Tunisie, avec le feu Ismaël Bang.
Il y a aussi Patrick Loa Loa, qui a joué à Union Douala, Unisport Bafang, où je l’ai transféré en Tunisie pour l’US Ben Guerdane. Il y a aussi des transferts qui devaient être bouclés, mais le joueur n’était pas intéressé, comme Samuel Nlend, ancien joueur de l’Union Douala, où j’avais ramené l’offre de Raja Casablanca au Maroc.
Après, pendant la période où il était avec l’équipe nationale A, j’ai ramené l’offre d’Al Hilal du Soudan, qui était une très bonne offre, comme celle du Raja, mais le joueur, je ne sais pas ce qui s’est passé, n’a plus fait signe et je me suis arrêté là. J’ai aussi ramené le coach français Victor Zvunka à Horoya en Guinée, Gomes Da Rosa aussi.
Quelles sont vos ambitions ?
Enfin, je voudrais ajouter que je souhaiterais bien revenir m’installer au Cameroun et travailler pour un club sérieux qui est prêt à mettre les moyens et à me laisser travailler. Je veux aider, je veux apporter un plus et m’engager à faire sortir au moins trois ou quatre joueurs pour l’étranger, leur donner des contrats professionnels, faire gagner de l’argent au club et mettre mon club sur la visibilité à l’extérieur.