Dans ce dossier, nous ne cherchons pas des chiffres froids, mais l’homme qui les façonne. Mohamed Belli, président de la société « Mir Sport », n’est pas un agent de joueurs au sens conventionnel du terme. C’est un véritable « caméléon » capable de s’adapter aux tensions des stades comme aux coulisses feutrées des transferts. Pour son premier grand entretien, Belli dévoile sa philosophie :
Je travaille AVEC le joueur, et non POUR lui.
Dans une interview exclusive accordée à Africafoot, dans le cadre de la serie d’articles #ParoleAuxAgents, Mohamed Belli a confié quelques secrets de son métier.
Mohamed, pourquoi le monde du football ? Et pourquoi avoir choisi ce métier d’agent, souvent décrit comme un « nid de guêpes » ?
Laissez-moi vous dire une chose : je n’aime pas beaucoup parler de moi, car je crois que c’est le travail qui doit s’exprimer d’abord. Au début, je cherchais ma place dans le « Sport Business ». J’entendais sans cesse ce discours habituel : « C’est dur de rentrer dans le foot », « Le milieu est fermé ».
Oui, c’est complexe, mais la vraie question était : que vais-je faire pour m’imposer ? J’ai commencé par apprendre, par observer, et par traiter chaque échec comme une leçon. Ce métier, ce n’est pas qu’un costume élégant et des photos sur Instagram, c’est une capacité d’endurance et un réseau qui se bâtit sur la crédibilité, pas sur du vent.
On décrit souvent la vie d’un agent comme une vie de « caméléon » ou de « schizophrène » à cause du contraste saisissant de votre quotidien. Comment vivez-vous ce paradoxe ?
C’est une description très juste. La schizophrénie ici, c’est de la « flexibilité ». C’est être capable de s’asseoir le matin avec un président de club européen pour négocier en millions d’euros, puis d’aller le soir même s’installer avec la famille d’un jeune talent dans un quartier populaire. Il faut savoir s’adapter à son environnement pour réussir. Nous sommes des « facilitateurs », notre rôle est de réduire la distance entre les rêves et la réalité financière souvent brutale.
Mohamed, certains pensent que votre rôle s’arrête aux contrats, mais vous êtes aussi le « poumon logistique » de nombreux clubs. Quel est votre rôle exact dans les stages et les matchs amicaux ?
Il faut bien distinguer les choses. Mir Sport possède un pôle logistique puissant spécialisé dans l’organisation de stages de préparation et de matchs amicaux internationaux. Nous gérons tout pour les clubs et les sélections : des terrains aux adversaires, en passant par l’intendance.
Un entraîneur ne peut pas créer s’il doit se soucier de la qualité de la pelouse ou de l’horaire du bus. Nous déchargeons les clubs de ce lourd fardeau administratif. C’est un secteur d’expertise à part entière qui demande une rigueur absolue.
Cela concerne les clubs, mais qu’en est-il du joueur ? Votre rôle s’arrête-t-il à la signature du contrat ?
Au contraire, la signature n’est que le début. Notre véritable valeur ajoutée réside dans l’accompagnement quotidien. Chez Mir Sport, nous prenons en charge tous les problèmes du joueur : administratifs, personnels ou familiaux.
Notre objectif est que le joueur se concentre à 100 % sur le terrain. Quand un athlète sent que ses arrières sont assurés et que notre agence est son « bouclier », c’est là qu’il performe. Nous lui achetons la tranquillité d’esprit, et il nous offre l’excellence sportive.
Comment expliquez-vous votre réussite en pariant sur des entraîneurs qui n’avaient pas forcément de grands palmarès récents, mais qui explosent dès qu’ils collaborent avec vous ?
Nous ne cherchons pas un coach avec un CV poussiéreux, mais un profil qui a « faim » de victoire et qui correspond à l’ADN du club. Le pari sur Josef Zinnbauer semblait risqué pour certains, mais nous avions décelé en lui la rigueur allemande dont le Raja avait besoin. Résultat : un doublé historique sans défaite. C’est la même logique avec Nasreddine Nabi ou Pablo Franco, nous analysons le besoin technique du club et nous fournissons le profil capable de soulever des trophées.
Parlons des transferts de Papa Amady Gadio et Aymane Mourid, qui ont injecté 2 millions d’euros dans les caisses d’un club marocain. Comment avez-vous orchestré ce montant historique ?
C’est une question de valorisation d’actifs. Nous avons fixé le prix et imposé nos conditions car nous connaissons la valeur du travail effectué en coulisses sur le marché international. Injecter 2 millions d’euros dans le budget d’un club en difficulté financière est une preuve de l’efficacité de la stratégie de Mir Sport : transformer les talents en valeurs sûres du mercato.
Mohamed Belli a conclu cet entretien en soulignant que le professionnalisme n’est pas un slogan, mais une somme de détails administratifs, logistiques et psychologiques. Mir Sport s’impose aujourd’hui comme une machine organisée, capable de maîtriser le jeu, des bureaux jusqu’au rectangle vert.
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