Le Tchad va tenter de se qualifier pour la phase de groupes des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations 2027 lors de sa double confrontation avec le Burundi, les 27 et 31 mars à N’Djamena et Bujumbura. Dans une interview question-réponse accordée à Africafoot, le Suisse Raoul Savoy, nommé en août dernier sélectionneur des Sao, explique son projet à quelques heures du match aller.
Quelles peuvent être les ambitions du Tchad lors de ces qualifications pour la CAN 2027 ?
Concentrons-nous d’abord sur ces deux rencontres face au Burundi, qui est un adversaire de qualité. Ces deux matches s’annoncent serrés et disputés. Les deux sélections pourront jouer chacune à domicile, ce qui n’avait pas été le cas depuis un certain temps. Notre ambition est de nous qualifier pour la phase de groupes. Ensuite, si nous y parvenons, nous aurons six matches pour montrer nos qualités, prendre des points, bien figurer.
Lors de votre nomination, vous a-t-il été demandé de qualifier la sélection, 177e du classement FIFA, pour la phase finale ?
Non. On m’a demandé de construire une équipe, de bâtir pour l’avenir. Évidemment, quand on dispute des éliminatoires, c’est pour essayer de réaliser quelque chose. Mais je suis très lucide également : si nous nous qualifions pour la phase de groupes, nous serons sans doute placés dans le chapeau 4, avec la probabilité d’affronter des grosses sélections. Mais ces matches doivent nous permettre de progresser. Il y aura une CAN ensuite en 2028, avant d’attendre quatre ans. Et quand j’étais le sélectionneur de la Centrafrique, nous étions passés tout près d’une qualification pour la CAN 2024, alors qu’on figurait dans un groupe compliqué avec le Ghana, l’Angola et Madagascar. Je sais que nous avons beaucoup de travail, mais aussi des atouts.
Cela fait environ sept mois que vous êtes à la tête de la sélection. Vous devez donc avoir une idée assez précise du football tchadien…
En effet. D’abord, le championnat national a repris en novembre dernier, après une longue interruption, puisque la formule utilisée était différente. Il y a des clubs où évoluent de bons joueurs, avec un vrai potentiel : Elecsport, Foullah FC, l’AS PSI, Aiglons, notamment. Certains sont en sélection nationale. J’ai dans mon groupe élargi des joueurs sérieux, travailleurs, qui ont envie de progresser, avec un très bon état d’esprit, et tout cela est essentiel pour la mise en place d’un projet. Je peux donc m’appuyer sur quelques joueurs locaux, sur des expatriés et les binationaux. J’ai un effectif assez jeune, ce qui me semble primordial quand on veut s’inscrire dans la durée. Mais aussi des éléments plus expérimentés, qui évoluent à l’étranger. On va essayer aussi de convaincre des binationaux avec notre projet.
Hormis Marius Mouandilmadji, l’attaquant de Samsunspor (Turquie), vous n’avez aucun international évoluant dans un bon championnat européen…
C’est vrai, mais je ne considère pas cela comme un handicap. C’est bien d’avoir des joueurs en Europe, mais je suis aussi très content d’avoir des joueurs évoluant dans de bons championnats africains, qui disputent aussi les compétitions continentales. Ils sont habitués à jouer en Afrique, et cela est forcément un avantage pour les rencontres de la sélection nationale.
Les résultats de votre équipe depuis votre nomination vous incitent-ils à l’optimisme ?
Nous avons joué six rencontres (deux nuls, quatre défaites). On a accroché le Ghana (1-1) en qualifications pour le Mondial, le Mozambique (2-2) juste avant la CAN à laquelle il a participé, et nous avons tenu tête à l’Ouganda (1-2), toujours avant la CAN, et au Mali (0-2). Sans quelques erreurs, sans quelques buts encaissés en fin de match, nous aurions pu avoir de meilleurs résultats. Cela me semble très encourageant d’avoir pu poser des problèmes à des équipes qualifiées pour la CAN ou la Coupe du monde.
La CAF a annoncé récemment la suppression du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), une compétition réservée aux joueurs évoluant dans leur pays. Regrettez-vous cette décision ?
Totalement. C’est vraiment à la fois dommage et stupide, d’autant plus que les présidents des fédérations africaines n’ont visiblement pas été consultés. Cette compétition était intéressante à plusieurs points de vue. Elle permettait de constater le bon travail fait en Afrique au niveau local. Et elle offrait à des joueurs la possibilité de jouer pour leur pays via la sélection locale. Certains ont d’ailleurs joué pour l’équipe locale et la sélection A. La Confédération africaine de football a annoncé la création d’une Ligue des nations à partir de 2029. J’attends de voir…
Cela est supposé compenser en partie le passage de deux à quatre ans de la phase finale de la CAN…
C’est une décision que je désapprouve également. La CAN tous les deux ans, c’était à mon avis idéal, cela permettait à des sélections de jouer des matches de haut niveau, de progresser, de viser la qualification, et si cela échouait, elles pouvaient espérer y parvenir pour l’édition suivante, deux ans plus tard. C’est vraiment dommage…




