Dans une soirée électrique au Complexe Mohammed V, Yahya Iguiz a écrit une nouvelle page de l’histoire du Raja Club Athletic. À seulement 17 ans, il est devenu le plus jeune buteur du club en équipe première sur les quinze dernières années, grâce à son but décisif face à l’Ittihad de Tanger. Entré en cours de jeu, il n’a eu besoin que de quelques minutes pour frapper, avec un geste pur de renard des surfaces, déclenchant l’ovation du public casablancais.
Né le 23 décembre 2008, Iguiz n’est pas un feu de paille. Ses statistiques chez les jeunes parlent pour lui : 30 buts et 15 passes décisives en 27 matchs lors de la saison 2023/24, puis 30 buts et 12 passes décisives en 22 rencontres la saison suivante. Des chiffres qui ont convaincu la direction de lui faire signer, le 5 novembre 2025, son premier contrat professionnel pour trois ans. International marocain U17, il allie vitesse, intelligence de déplacement et sang-froid devant le but — des qualités rares à son âge.
À la fin de la rencontre, le jeune attaquant n’a pas caché son émotion :
Ce but est une fierté pour moi et pour ma famille… Dima Raja.
Une phrase simple, mais lourde de sens. Plus jeune joueur sur la pelouse, il a aussi été le plus décisif dans l’instant clé.
Contacté par Africafoot, l’ancien joueur du Raja et formateur reconnu, Mohamed Oustad, a livré une analyse sans détour :
Depuis plus d’un quart de siècle, nous ne voyons plus de joueurs issus de l’école du Raja s’imposer durablement en équipe première dans le championnat marocain, alors que c’était autrefois la grande force du club. L’absence de ces talents n’est pas due à un manque de qualité, mais au manque de courage des entraîneurs qui se sont succédé. Beaucoup cherchent à sécuriser leur poste plutôt qu’à donner leur chance aux jeunes.
Il poursuit en évoquant une référence forte dans l’histoire du club :
La situation était différente à l’époque du regretté Oscar Fulloné, qui a marqué une période importante du Raja en faisant confiance aux jeunes. Sous sa direction, des joueurs comme Hamid Nater et Zakaria Aboub ont émergé et sont devenus des piliers de l’équipe. Grâce à son audace, Fulloné a construit une génération compétitive qui a renforcé la stature du Raja au niveau national.
Concernant Yahya Iguiz, Oustad lance un avertissement clair :
Il faut absolument protéger le joueur des convoitises et de l’influence de certains intermédiaires ou pseudo-agents qui pourraient perturber son parcours en cherchant des offres prématurées à l’étranger. La direction du club, sous la présidence de Jawad Ziyat, doit assurer un encadrement quotidien, sérieux et structuré afin qu’il continue à progresser sereinement.
Il adresse également un message direct à la famille du joueur :
La famille doit se méfier des promesses et des illusions. Yahya doit travailler encore plus, éviter les distractions, rester discipliné et avancer étape par étape. Il ne doit pas se laisser détourner par des offres précoces, notamment du Golfe ou de certains clubs arabes. Il a le talent pour évoluer en Liga ou en Premier League, mais sans un accompagnement rigoureux, cette carrière prometteuse pourrait être fragilisée.
Entre éclat précoce et exigences du haut niveau, Yahya Iguiz incarne aujourd’hui l’espoir d’un retour en force de la formation rajaouie. La flamme est allumée. Reste à savoir si le club saura la protéger pour qu’elle devienne un feu durable.




